On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Les blogs américains ont bien sûr longuement analysé cette semaine la grande victoire républicaine de mardi dernier. Quand on se penche sur la blogosphère libérale, il est intéressant de constater que les blogueurs de gauche sont passés en quelques jours à travers tous les stades du deuil politique, à savoir : le choc, la fierté idéologique, la colère, et finalement l’espoir.
Le choc
Après la défaite, les blogs libéraux ont d’abord insisté sur la signification idéologique de la victoire républicaine. En effet, même si les nouveaux Représentants et Sénateurs républicains ont articulé leurs campagnes autour de thèmes apparemment consensuels, comme la lutte contre le chômage, l’analyse détaillée de leur profil idéologique prouve qu’une véritable vague conservatrice radicale va arriver au Congrès en janvier. Sur le site de Think Progress, Scott Keyes dresse ainsi un portrait ébouriffant de cette droite américaine totalement décomplexée : “Here is a snapshot of the GOP Class of 2010’s extremism [voici une rapide description de l’extrémisme de la promo républicains 2010]:
- Environment [Sur l’environnement]
50% deny the existence of manmade climate change [50% d’entre eux nient l’existence d’un réchauffement climatique causé par les activités humaines]
86% are opposed to any climate change legislation that increases government revenue [86% d’entre eux sont contre toute législation prévoyant de combattre le réchauffement par l’augmentation des recettes gouvernementales]
- Immigration [Sur l’immigration]
39% have already declared their intention to end the 14th Amendment’s guarantee of birthright citizenship [39% d’entre eux ont exprimé leur intention d’abolir le principe du droit du sol garanti par le 14ème amendement]
- Taxes/Spending [Sur les impôts et les dépenses]
91% have sworn to never allow an income tax increase on any individual or business – regardless of deficits or war [91% d’entre eux ont juré de ne jamais permettre une augmentation des impôts sur tout individu ou toute entreprise, même en cas de déficit ou de guerre]
79% have pledged to permanently repeal the estate tax [79% d’entre eux ont juré d’abolir l’impôt sur les successions de façon permanente]."
Face à ces statistiques, on réalise la véritable maestria des Républicains : la majorité de la population américaine ne partage pas du tout ces positions, mais elle a pourtant choisi ces extrémistes-là pour la ‘représenter’.
La fierté idéologique
La déferlante idéologique républicaine a également et assez logiquement suscité un sursaut idéologique dans la blogosphère libérale. Loin de voir dans la défaite démocratique une remise en cause de leurs engagements, de nombreux blogueurs ont tenté de minimiser la catastrophe électorale en rappelant le bilan indéniablement positif à leurs yeux de Barack Obama. L’un des plus fervents défenseurs du président reste toujours Jonathan Chait sur le site de The New Republic. Dans un post intitulé Was it Worth it ? (est-ce-que ça en valait la peine ?), Chait revient sur l’idée maintenant banale selon laquelle les Américains se sont retournés contre Obama car il a trop penché vers la gauche en imposant sa grande réforme du système de la santé. Chait refuse cette analyse : “ I don't think that the decision to pursue health care reform was a bad one. Obama ran on health care reform. This was the holy grail of Democratic policy for 60 years, and the public as a whole demanded it as well. They may have turned against the bill as it dragged through Congress, but they always insisted that some kind of reform happen. [Pour moi, ce n’était pas une mauvaise décision de réformer la santé. Obama a fait campagne en 2008 sur cette réforme. Cette réforme, c’était le Graal du parti démocrate depuis 60 ans, et la population aussi la voulait. Les gens se sont peut-être détournés de la loi au fur et à mesure que le débat languissait au Congrès, mais ils ont toujours insisté sur le fait qu’il fallait une réforme.]
But let's accept the premise for a moment that the decision to pursue comprehensive health reform hurt Democrats. Would I accept the trade-off? Yes, I would. Chances like this simply don't come along very often. [Mais acceptons juste un moment la théorie selon laquelle la décision de réformer la santé a fait du mal au Démocrates. Est-ce-que j’accepterais ce deal ? Et bien oui. Des opportunités comme celle-là ne se présentent pas aussi souvent que ça]
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