Parlez-vous le fou ? Oui, mais je ne le comprends pas
[jeudi 07 octobre 2010 - 10:00]
Philosophie
La Folie sans peine
Clément Rosset, Didier Raymond
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Une telle lecture souterraine rend l’idée d’une « méthode » d’autant plus parodique : il n’est bien sûr pas question d’apprendre à parler « fou », ou, plus précisément, paranoïaque, hystérique ou narcissique. Dès le départ il est clair, mais la force du pastiche est de le faire oublier, qu’il est impossible de se comprendre entre fous. Si l’on prend en outre la sage précaution de ne pas croire à ces
types de fous, sinon dans la caricature ou le langage courant, ne reste de la méthode que le constat de la pluralité des jeux de langage. Constitués par leurs propres règles internes, incarnés dans l’usage, et peu ou prou étanches les uns aux autres, ces jeux sont autant de prétexte à l’amusement — même si, au bout du compte, on n’y comprend plus rien
.
Du texte à l’image et vice-versa
Les amusants dessins de Jean-Charles Fitoussi contribuent à un troisième effet de structure. L’ordre de succession de ces étapes est chronologique. La juxtaposition de divers dialectes est elle-même un élément constitutif d’une histoire que les dessins nous invitent à imaginer. Tous les fous semblent susceptibles de se croiser au cours du
même voyage. Les dessins (malheureusement trop rares) représentent des interactions, souvent désopilantes lorsqu’on les imagine (et qu’on ne prend pas la chose trop au sérieux). Mais cet indice pictural d’une probable interaction ponctuelle de fous (ou de fous et d’infirmiers) suggère une interprétation que ni les consignes ni le texte du manuel n’encouragent de prime abord : certains dialogues auraient lieu
entre fous et tous auraient en fait lieu à l’hôpital psychiatrique. A supposer donc que les dessins illustrent les situations dialoguées, il n’y aurait là que dialogues de fous, sinon de sourds, chaque fou se croyant dans une situation naturelle et non à l’hôpital.
La folie sans peine ne constitue pas un véritable ouvrage de philosophie et n’y prétend guère. Le livre est divertissant, se lit rapidement et n’est pas plus contestable qu’il est sérieux. Il peut à ce titre décevoir. Néanmoins les auteurs disséminent ça et là dans quelques notes des pensées dont les amateurs reconnaîtront la teneur rossétienne (ou raymondienne…), notamment cette insistance sur le lien entre certaines formes de folie et l’illusion, comme tentative d’échapper au réel par divers stratagèmes
. Le lecteur pourra remarquer qu’à chaque forme de folie correspond une insatisfaction caractéristique à l’égard de ce réel (et pas seulement chez le dépressif), qui est le plus souvent la cause de l’illusion et que l’incapacité de répondre aux questions avec à-propos vient traduire de façon remarquable. Il n’est donc pas impossible de glaner dans
La folie sans peine quelques graines philosophiques fécondes
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Pascal Zamor.