La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Police nulle part, contrôle social partout ?
[mardi 28 septembre 2010 - 01:00]
Asie
Couverture ouvrage
Police et contrôle social au Japon
Éditeur : L'Harmattan
447 pages
Résumé : Le Japon conserve aujourd'hui encore un taux de délinquance relativement faible comparé aux autres pays industrialisés, tout en ayant des effectifs de police réduits. Le choix fait par Uranaka Chikao d'articuler institution policière et contrôle social est tout à fait judicieux. Mais son ouvrage n'échappe pas aux écueils propres à sa discipline, la criminologie, et à certains clichés xénophobes dans l'air du temps.
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Un petit manuel de clichés xénophobes

L’ouvrage de Uranaka Chikao est une bonne synthèse historique – la première en français – sur la police japonaise. Cet ouvrage passionnant permet de lire ou relire l’histoire du Japon sous un angle original. Cependant, on peut exprimer deux critiques à ce livre. D’abord, sur la forme, on regrettera de trop nombreuses coquilles ou problèmes de transcription en alphabet latin des mots japonais, un détail assez frustrant pour les japonisants. L’auteur dit utiliser le système Hepburn mais n’en respecte presque jamais les règles élémentaires .

Sur le fond, Police et contrôle social au Japon manque de consistance théorique et fait l’impasse sur la littérature concernant le contrôle social. On pense bien évidemment aux écrits de Michel Foucault mais aussi dans le domaine des études japonaises à des ouvrages essentiels comme Molding Japanese Minds de Sheldon Garon ou Site Fights de Daniel P. Aldrich. La partie sur le contrôle social n’est d’ailleurs guère intéressante et ne fait qu’énumérer quelques clichés culturalistes comme « l’autodiscipline » ou encore l’ « esprit néo-confucéen » des Japonais.

Plus graves sont les clichés xénophobes exprimés lorsque l’auteur reprend à son compte l’idée de « délinquants étrangers ». Les Japonais n’ont en effet pas attendu le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy pour tenir un discours « décomplexé » sur les liens supposés entre immigration et délinquance et l’expression « délinquants étrangers » (gaijin hannin) est d’ailleurs devenu courante depuis le début des années 2000 ). Il n’y au Japon ni débat ni polémique sur le fait d'établir un lien entre immigration et délinquance. L'argument selon lequel si le Japon s'ouvrait à l'immigration, il y aurait « des émeutes comme celle de 2005 en France » est couramment admis et largement diffusé dans les médias . Le contexte depuis dix ans est marqué par une stigmatisation croissante des étrangers, orchestrée plus particulièrement par l’Agence de police nationale. Campagne d'affichage nationale de la police contre les "criminels étrangers" en 2004, site internet permettant de "signaler" au bureau de l'immigration des personnes sans papiers, renouveau du nationalisme et vigueur d'une extrême-droite hors du Parti libéral-démocrate (PLD), autant d’éléments qui montrent un durcissement du Japon vis-à-vis des étrangers. Bien qu’hostile à cette stigmatisation, la gauche japonaise n’est que peu investie sur cette question, hormis la proposition du Parti démocrate japonais (PDJ) de donner le droit de vote aux étrangers.

Uranaka Chikao propose une explication de la délinquance étrangère qui peut faire sens - selon lui, les immigrés étant généralement des travailleurs précaires, ils ont plus été touchés par la crise dans les années 1990. Mais l’aisance avec laquelle il reprend cette thèse exprimée dans les rapports annuels de l’Agence de la police nationale  pose un problème certain de non distanciation du chercheur avec son objet qui est une constante dans cet ouvrage. Uranaka Chikao aurait ainsi pu préciser que la moitié des étrangers arrêtés au Japon le sont en raison d’infraction aux lois sur l’immigration et l’immatriculation des étrangers – dépassement du séjour, entrée illégale, non-détention de passeport en règle, activités professionnelles non autorisées par le statut de résidence. Éric Seizelet précise ainsi que ces infractions, par définition, « ne s’appliquent qu’aux ressortissants étrangers, ce qui a pour effet de gonfler singulièrement les chiffres de la criminalité étrangère. » 

Non content de reprendre cette idée de « délinquance étrangère » à son compte, Uranaka Chikao enfonce le clou en désignant les enfants d’immigrés comme des délinquants : « Un autre problème est celui que pose leurs enfants, écrit-il. Ils fréquentent l’école, mais ils ont du mal à suivre les cours en japonais et ne s’intègrent pas à leur classe. Se regroupant, ils ont tendance à s’organiser en bandes de voyou et à commettre des vols ou des agressions sur la voie publique, ou bien ont des comportements déviants, ils fument ou boivent de l’alcool. »  .

En définitive, Uranaka Chikao donne l’impression qu’il ne fait qu’un avec son objet. Une proximité dont ce chercheur, membre de l’Association japonaise des sciences de la sécurité ne se cache pas. L’auteur rappelle en introduction que les recherches sur la police ont été peu nombreuses jusqu’aux années 1990, en raison d’une « tradition universitaire de répulsion aux seuls mots d’"armée" et de "police" » et de l’influence communiste dans le milieu universitaire. Fort heureusement, semble nous dire Uranaka Chikao, nous n’en sommes plus là aujourd’hui et les apprentis criminologues japonais peuvent étudier en paix. En 1996, ajoute-t-il, la police japonaise aurait même créé « une structure permettant des échanges d’informations et de débats sur la sécurité entre le milieu universitaire et les cadres policiers en activité » . Ce qui laisse planer quelques doutes sur la neutralité axiologique des « sciences de la sécurité ».


 

Mathieu GAULÈNE
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Titre du livre : Police et contrôle social au Japon
Auteur : Uranaka Chikao
Éditeur : L'Harmattan
Collection : Sécurité et Société
Date de publication : 15/03/10
N° ISBN : 978-2-296-11209-4
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