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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Naissance de l'Iran moderne
[vendredi 03 septembre 2010 - 11:00]
Moyen-Orient
Couverture ouvrage
Iran’s Constitutional Revolution : Popular Politics, Cultural Transformations and Transnational Connexions
H. E. Chehabi (dir.), Vanessa Martin (dir.)
Éditeur : IB Tauris
512 pages
Résumé : Un nouvel ouvrage collectif qui fait le point sur les dernières interprétations de la révolution iranienne de 1906.
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La fondation de l’Iran moderne

 

Les trois parties centrales de l’ouvrage insistent sur l’importance de la révolution constitutionnelle dans la formation de l’Iran moderne, tant dans ses institutions que dans la construction du sentiment national. Pour Stephanie Cronin, connue pour ses travaux sur la période pahlavi (1921-1979), il est capital de réévaluer la révolution constitutionnelle. Prenant le contre-pied de la "perspective catastrophiste"   dominante, pour qui la révolution n’était qu’une entreprise futile et destructrice, l’auteure insiste sur le double héritage de la révolution constitutionnelle. Elle a mis en place deux institutions majeures, le Majles et la Gendarmerie qui jouent encore aujourd’hui un rôle fondamental ; mais elle a aussi affirmé le rôle politique du peuple qui s’affirmera, malgré l’autocratie des Pahlavi, pendant la nationalisation du pétrole (1951-1953) et surtout lors de la révolution islamique. Les révolutionnaires ont ainsi importé le débat politique moderne en Iran, mais ils se sont révélés incapables de soutenir l’épreuve du pouvoir. En 1921, c’est Reza Khan, un officier de la brigade cosaque   qui reprendra, sous une forme autocratique, le projet élaboré quinze ans plus tôt.

La question du sentiment national, exaltée dans l’historiographie classique par Kasravi, fait aussi l’objet d’une partie du livre. Parmi les trois contributions, celle d’Arash Khazeni évalue le rôle intégrateur de la révolution en prenant le cas des tribus. moment de la révolution, en effet, une grande partie de l’Iran échappe au pouvoir central qui ne parvient pas à dominer les  nomades (Bakhtiyari, Qashqai, Lor…) qui composent près d’un tiers de la population. Véritables Etats dans l’Etat,elles sont organisées selon un système clanique. Les Bakhtiyari, établis dans les monts Zagros (entre Téhéran et Ispahan), ont cependant joué un rôle très important aux débuts de la révolution en formant l’essentiel des troupes constitutionnalistes, notamment en reprenant Téhéran aux troupes russes en 1909. À travers la presse révolutionnaire, les intellectuels persans, comme les khans bakhtiyari ont construit une image composite de leur nation. Ce rôle intégrateur est resté cependant ambivalent et inachevé puisque les clans sont très vite détachés de la révolution.

 

La révolution iranienne et ses échos dans le monde non-occidental

 

La grande richesse de l’ouvrage repose enfin sur les très riches contributions consacrées aux échanges générés par la révolution constitutionnelle. On connaissait déjà les témoignages classiques d’Edward Browne ou de William Schuster qui ont joué un rôle très important dans les événements, mais les réactions dans d’autres régions n’avaient pas été sérieusement développées. Par exemple, deux articles mettent en avant les liens très étroits entre le mouvement Jeune Turc et les constitutionnalistes persans,  ce malgré les rivalités géopolitiques en Azerbaïdjan. Farzin Vejdani montre ainsi que les Jeunes Turcs, inspirés par les événements en Perse, ont par la suite soutenu massivement le mouvement constitutionaliste en retraite à partir de 1908-1909 en accueillant les réfugiés mais en fournissant aussi des armes et des combattants. Plus largement, la révolution iranienne a eu des échos importants dans le monde arabe, en Asie, mais aussi en Irlande où les indépendantistes sont allés jusqu’à chercher des racines communes avec les Iraniens au nom de la lutte contre l’impérialisme britannique.

Outre les quelques aperçus que nous venons de donner, cet ouvrage est d’une grande richesse même si, à l’instar du "Prologue" rédigé par Homa Katouzian et truffé de poèmes en persan, il s’adresse d’abord à un public persanophone qui connaît bien l’histoire contemporaine de l’Iran.

 

A lire aussi sur nonfiction.fr :

- Serge Michel et Paolo Woods, Marche sur mes yeux, par Okan Germiyanoglu. 

 

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