On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Carlos Monsiváis reste très peu connu en France alors qu’il est un intellectuel des plus importants dans le milieu culturel mexicain. Né en 1938 au Mexique, il s’oriente vers le journalisme et notamment vers la rédaction de chroniques de la société mexicaine. Cet auteur prolifique est connu et reconnu pour sa relecture sarcastique des phénomènes sociaux. L’ironie, l’humour acide sont les armes que manie parfaitement Carlos Monsiváis pour lutter contre la démagogie de l’élite politique, économique et religieuse de son pays. Pour pénétrer dans l’univers de Monsiváis, ce livre est une incroyable porte d’entrée.
Le catéchisme pour Indiens insoumis est né lors de la rencontre de la culture hispanique et la culture du nouveau monde. A cette époque, il a été écrit afin de convertir les indiens réfractaires à la nouvelle religion. Francisco Toledo, peintre, sculpteur, céramiste et graveur mexicain trouve le catéchisme pour Indiens insoumis et reçoit des gravures du XVIIe siècle. Il travaille les gravures, en ajoutant des éléments de la mythologie zapotèque et de sa propre imagination. Il intitule son travail Nouveau catéchisme pour Indiens insoumis. Il demande à Carlos Monsiváis de composer des textes, de transcrire de manière littéraire l’esprit des gravures. Monsiváis choisit d’écrire sous forme de paraboles, récits allégoriques utilisés dans la Bible afin de dispenser des enseignements religieux. A partir de neuf gravures, Carlos Monsiváis rédigera cinquante et une paraboles, dressant ainsi un panorama fragmenté des croyances de la culture populaire mexicaine tout en conservant le ton humoristique dicté par Francisco Toledo. Entrer dans ce livre c’est accepter d’entrer dans un monde de fables, de récits, de miracles. Le lecteur se retrouve plongé dans la complexité, les paradoxes et les incohérences de la culture populaire mexicaine fruit de la rencontre de deux mondes.
Dans Nouveau catéchisme pour Indiens insoumis, Carlos Monsiváis a choisi la fiction pour plonger dans le Mexique, dans le monde des saints, des théologiens mais aussi des sculpteurs, des sorciers et autres miracles. Le livre est rythmé par une succession de paraboles courtes. Ces dernières n’ont jamais la fin escomptée, l’ironie est toujours maniée avec subtilité afin de mener le lecteur à s’interroger sur la tradition et la doctrine. Le lecteur doit être lui-même un lecteur insoumis, prêt à voir derrière les masques.
Que se passe-t-il derrière le masque de la culture ? Carlos Monsiváis met en lumière la complexité de la culture mexicaine, mélange de croyances mais également opposition de la haute culture et de la culture populaire parfaitement symbolisée dans la "parabole de la vierge provinciale et de la vierge cosmopolite". Cette parabole est la première du livre, elle aborde une thématique centrale dans l’œuvre de Carlos Monsiváis. La culture populaire dénigrée et instrumentalisée par la haute culture. Cette dernière essaie de faire de la culture populaire un objet de divertissement pour ne pas avoir à lui accorder l’espace qu’elle mérite. La culture populaire n’est en somme que populaire… En miroir, la préservation de la tradition devient un objectif en soi parce qu’elle n’a rien de transcendant. Les paraboles "Si tu ne veux pas qu’elles se déforment, évite les traditions" démontre comment cette volonté de conservation conduit paradoxalement les traditions "à se détourner du droit chemin", en un mot au syncrétisme.
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