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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Qui connaît Carlos Monsiváis en France ? Qui ne connaît pas Carlos Monsiváis au Mexique ?
[mercredi 01 septembre 2010 - 21:36]
Amérique Latine
Couverture ouvrage
Nouveau catéchisme pour Indiens insoumis
Carlos Monsivais
Éditeur : Atelier du Gué
171 pages / 18, 05 € sur
Résumé : L’ironie et l’humour acide sont les armes que manie parfaitement Carlos Monsiváis pour lutter contre la démagogie de l’élite politique, économique et religieuse mexicaine. Pour pénétrer dans l’univers de cet auteur, ce livre est une incroyable porte d’entrée.
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Que se passe-t-il derrière le masque de la religion ? Le catéchisme, prévient Carlos Monsiváis, est un puissant narcotique capable d’empoisonner "le cœur des croyants". Monsiváis, lui, n’essaie pas d’écrire un catéchisme mais d’instruire, d’élever la réflexion, d’analyser. Il ne critique pas la foi mais les folies qu’elle peut provoquer, le chemin dicté par la doctrine pour l’atteindre, il pousse la logique des superstitions à leur extrême. Il dénonce la "soif d’évangélisation", les prédicateurs prêts à toutes les supercheries pour augmenter le nombre de convertis et la situation de soumission des évangélisés. Il met en scène la force et les limites du langage: les paroles incantatoires du sorcier de Moctezuma ne résistent pas aux lances des conquistadors. Il joue avec l’ambiguïté de la figure des Saints : qui se cache derrière María Dolores Santillana, "prodige humain et surhumain" ? La sainteté est-elle le résultat d’un comportement vertueux ou d'un incroyable besoin de croire ? Réveiller l’espérance mystique, telle est la fonction assignée au Saint. Il démontre que l’homme sans croyance religieuse ne peut pas supporter l’idée de vie éternelle. Carlos Monsiváis poursuit sa quête de pureté et applique la loi de l’offre et de la demande à la fondation d’une religion. Il lutte contre les faux-semblants et raconte la répudiation d’une vierge, l’église condamnée à entrer dans une surenchère de miracles et une séance d’exorcisme victime de la société du spectacle. Carlos Monsiváis, infatigable défenseur de la sécularisation de la société, démonte et remonte le catéchisme … à l’envers !
 
L’indien de Carlos Monsiváis est un indien insoumis, un indien qui accepte la nouvelle religion imposée par les Espagnols sans pour autant délaisser les anciennes divinités. La parabole "les doutes des prédicateurs" retrace les prières qu’un indien adresse à Saint Michel… prières pas toujours catholiques… Pourtant l’indien insoumis ne cesse pas, pour les détenteurs de la science et de la connaissance d’être indien. Même une admirable prouesse de sa part ne peut être pour eux qu’"un argument supplémentaire contre l’existence de l’âme chez les indiens". La parabole "le Bouc Emissaire qui aurait aimé être quelqu’un d’autre" termine ainsi : "parce qu’en y regardant de plus près, chacun a une fonction précise dans la vie" et donc dans la société ; l’indien, lui, est voué à être relégué aux confins de la pyramide sociale. L’hypocrisie est mise à nue, la société est face à ses propres préjugés…

Monsiváis a été emporté par Mictlantecuhtli, divinité aztèque de la mort, le 19 juin 2010. Il laisse une œuvre importante qui a profondément marqué la société mexicaine. Les Mexicains l’avaient surnommé "Monsi", preuve que le défenseur et l’analyste de la culture mexicaine était lui-même devenu un acteur de cette culture populaire. "Croyez ce que vous voyez", écrit Monsiváis. Il aura, à travers son œuvre, justement transmis à ses lecteurs la possibilité de voir derrière la façade imposée par la société.
 

A lire sur nonfiction.fr :

Le commentaire sur les gravures de Francisco Toledo qui ont inspiré le livre de Carlos Monsivais, Francisco Toledo, iconographe du Nouveau catéchisme pour Indiens insoumis, par Nizza Santiago.

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