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Secrétaire général de Nonfiction

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Prospective stratégique : Quel outil pour la politique étrangère de la France ?
[dimanche 29 août 2010 - 18:00]
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Un telle division du travail permettrait sans doute à la Direction de la prospective d'être plus au clair sur le périmètre de sa mission et de sa position au sein de la machine diplomatique du Quai d'Orsay, de sortir de sa situation de "cul entre deux chaises", selon les termes d'un membre de la DP pour illustrer sa position flottante, n'étant ni un think tank indépendant, ni pleinement dans l'opérationnel en raison d'un certain phagocytage de la part des services. Coté Elysée, où l'on sait que les grandes décisions en matière de politique étrangère s'élaborent à quatre ou cinq personnes, un tel outil de prospective stratégique permettrait d'insuffler davantage de cohérence et de continuité, et d’infléchir "la propension de la France à décider à la dernière minute, sa réticence à exprimer publiquement une stratégie, sa culture du secret, l’absence d’habitude de son administration à coucher par écrit, fût-ce de manière exploratoire, des éléments de doctrine (…)"  .

D'autant plus que l'on sait maintenant qu'un tel travail de prospective stratégique nécessite un lien personnel étroit entre le décideur politique et le directeur de la structure de prospective, ce qui implique dans une certaine mesure une dose de politisation du poste, politisation plus à même de se faire dans le cadre élyséen en raison de la conception française de l'administration, en opposition au spoils system américain.

D'autre part, comme le souligne Frédérique Leichter qui a travaillé au CAP sur les questions de droits de l'homme et de racisme, de plus en plus de problématiques relèvent à la fois du niveau international et du niveau domestique. Ainsi l'environnement ou la culture  , sans parler des questions européennes.

La question n'est pas de choisir entre une fonction de prospective totalement indépendante des pouvoirs publics – fonction relevant des think tanks, ce qui pose au passage le problème fondamental de la faiblesse du paysage des think tanks en France – ou une structure de conseil diplomatique auprès du Président, mais de doter la Présidence de la République d'un outil de réflexion conceptuelles et prospectives, à la manière du Conseil d'analyse stratégique ou plus encore du Conseil d'analyse économique (tous deux rattachés au Premier ministre), alliant proximité avec le centre de commande, relative indépendance, et ouverture sur la recherche universitaire.

Enfin, un tel centre de prospective stratégique, relié directement au cœur décisionnel et ouvert sur l'université et les autres experts, serait sans doute un outil idoine pour l'élaboration de livres blancs sur la politique étrangère.

Un centre de prospective stratégique rattaché au Président de la République devrait, selon nous, répondre aux qualités suivantes. En premier lieu, celle de bénéficier d’une grande proximité avec le Président, celui-ci nommant directement le directeur du centre, une personne en qui il a toute confiance. Un tel centre doit être une structure indépendante, mais ayant accès au processus décisionnel, notamment aux réunions élyséennes, par la présence du directeur du centre. Il devrait également posséder le pouvoir de définir en partie son propre agenda (à coté des commandes présidentielles). Quant à sa composition, l'expérience montre qu'il faut privilégier une structure légère, d'une vingtaine de membres, sur le modèle de la DP : à coté de la direction (directeur, directeurs-adjoints et secrétariat), le centre devrait être composé majoritairement de personnalités exterieures (universitaires, journalistes, associatifs, praticiens du privé et autres experts), sous contrat, à temps plein, de courte ou de moyenne durée (de quelques mois à quelques années, 4-5 ans maximum), non renouvelables (pour éviter la constitution de "mandarinat" par secteur de savoir). Il pourrait également, dans une démarche de soutien à la recherche, prévoir un contingent de bourses fléchées et d'aides à la mobilité à destination des chercheurs. Il fonctionnerait selon une logique collégiale. La question de la publicité de ses rapports doit être posée. On comprend que certains rapports devraient pouvoir être gardés secret, afin de rendre possible une pleine indépendance critique, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluation des choix de politique étrangère en cours. Enfin, une des fonctions majeures d'un tel centre de prospective stratégique serait de piloter l'élaboration de livres blancs sur la politique étrangère française, en faisant le lien entre l'Elysée, l'administration diplomatique, l'université, les think tanks et le Parlement.



* Cet article s'appuie sur demi-douzaine d'entretiens avec des membres, anciens et actuels, de la Direction de la prospective. Nous les remercions vivement pour leur aimable disponibilité, leurs explications et leurs réflexions sur la prospective en général et sur notre proposition en particulier, avec un regard critique ou favorable, toujours enrichissant.

 

> Lire aussi : Exclusif : Bernard Kouchner démissionne la chercheuse Marie Mendras de la direction de la prospective du Ministère des Affaires Etrangères

 

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6 commentaires

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Européen

31/08/10 14:28
Très intéressant sujet, merci de nous le faire connaître ainsi. Mais je reste avec deux questions :
- je comprends que le CAP avait été créé pour instiller du débat au sein de l'administration et introduire en France une réflexion plus opérationnelle que ce qui ressortait des travaux académiques, journalistiques, etc. En ce cas, est-ce qu'on ne rate pas la cible avec une nouvelle organisation composée exclusivement de non-fonctionnaires (il me semble que la composition mixte actuelle offre plus d'intérêt) ?
- pourquoi toujours vouloir placer des organismes nouveaux auprès de la présidence. L'un des principaux problèmes de la politique étrangère de la France est sans doute qu'elle est trop centrée sur l'Etat en général, et sur l'Elysée en particulier. L'hyper-présidentialisation actuelle me semble assez bien le démontrer. Par ailleurs, l'Elysée n'a pas l'administration nécessaire pour digérer de façon opérationnelle des idées nouvelles. Enfin, il me semble que l'actuel président a déjà créé un conseil consultatif de défense et de sécurité nationale avec des prérogatives très similaires, avec un résultat pour le moment très limité : ce qui tendrait à démontrer que l'endroit où un organisme est placé est loin d'être la martingale que chacun s'imagine.

Quid de nos partenaires européens? Et de l'UE elle-même? Y a-t-il des choses intéressantes à tirer de ce côté là ?

Merci en tous cas.

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