On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Comme le souligne Roger Perron, la psychanalyse est depuis son origine sommée de faire la preuve de son efficacité et, plus, de sa scientificité. Cette question a été abordée par de multiples auteurs après Freud et Lacan, variant l’optique et l’approche : Joel Dor et L’ascientificité de la psychanalyse, Roland Gori et La preuve par la parole, André Green et La causalité psychique, etc., pour n’en citer que trois parmi d’autres.
La démarche de Roger Perron est ici différente et pourtant, d’une certaine façon, orthodoxe. En effet, Roger Perron, qui s’était déjà largement intéressé à la question des modèles en psychanalyse, reprend les choses depuis Aristote jusqu’aux interrogations d’un Karl Popper . Pas à pas, la démarche de l’auteur est didactique et explicite. Ainsi, il aborde tour à tour la question des faits, des modèles, des hypothèses (générales, locales, faibles, fortes, etc.), des concepts, des logiques, du temps, de la causalité, de la vérité, etc. Tous les angles de ce que devrait être une science y sont abordés, en rappelant les ruptures qui ont pu faire que ce qu’est une science n’est plus si sûr aujourd’hui.
Roger Perron aborde une très grande variété d’approches, examinant la psychanalyse par rapport aux critères de la connaissance, de la science empirique, des sciences de la nature, des sciences exactes, de l’empirisme associatif, etc. La psychanalyse est elle inductive ? (généraliser à partir de cas particuliers) ou déductive ? (partir du concept vers l’objet).
Ce livre nous embarque dans le défilé de ces notions, de manière très claire et structurée. Les références à l’épistémologie bachelardienne sont les guides de lecture . S’appuyant sur le fait que "tout est construit" et sur les "obstacles épistémologiques" , Roger Perron questionne la démarche psychanalytique et voit dans l’analyse plus d’implications que de causalités.
Ce questionnement se fait essentiellement autour de la situation de la cure type. Roger Perron en tire plusieurs idées : par exemple que le terme de "réalité matérielle" devrait être remplacé par celui de "réalité événementielle" et que le seul événement certain, c’est la relation elle-même. Roger Perron revient sur le débat opposant histoire et construction mémorielle. Il évoque également la relation patient-analyste comme le "niveau supérieur" pour sortir de l’indétermination (cf. le fameux théorème de Gödel) permettant de tracer la vérité de l’analyse. Au-delà de la revue des critères de la science, ces conclusions auraient mérité peut-être plus de développement, s’aventurant plus, selon le mot de Freud, à fantasmer.
Car le cadre de la cure type fixe aussi les limites de la réflexion sur l’articulation entre psychanalyse et science. Qu’en serait-il du groupe par exemple ? Evidemment, Roger Perron revient sur les modèles (biologique, historique, clinique, etc.) en mettant en avant la structure de la psychanalyse elle-même qui permettrait d’échapper au dilemme entre déterminisme et liberté. Car on connait le "pari intégralement déterministe de Freud" qui est aussi une aporie. Il reste ici aussi à faire l’histoire de la rencontre entre la structure et l’événement . Roger Perron nous met en garde contre le péril de la généralisation abusive, qui prend la forme d’une causalité linéaire. Il pointe également le risque de la métaphore comme modèle (avec l’appel à l’anatomie du cerveau). En fait, la tentation est constante et une véritable histoire de ces tentations réductionnistes aurait pu être esquissée, marquant les tensions épistémologiques à l’œuvre dans le corpus freudien (vitalisme, physicalisme, médecine, chimie, phénomènes paranormaux, etc.), dessinant la structure des positions, des apports, des écueils et bords de la psychanalyse d’un point de vue épistémologique. Il n’y a pas non plus en tant que telle de critique de la science non plus, sauf à en montrer les limites modernes, mais un positionnement de la psychanalyse par rapport à ce qu’on entend par science.
L’approche de Roger Perron, prenant appui sur des recherches antérieures, prend une largeur de champ qu’elle semble parfois perdre en approfondissement. Pour conclure, Roger Perron revient sur ce que l’on peut dire du critère poppérien et nous invite à "montrer" l’utilité de la psychanalyse plutôt qu’à prouver ou réfuter la psychanalyse elle-même, militant plutôt pour une science du devenir psychique![]()
1 commentaire
amicuscuriae
Heureusement que le devoir de memoire, aussi douloureux, penible soit-il, est necessaire pour retrouver un humanisme digne de ce nom.