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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Vichy et Sarkozy : même combat ?
[lundi 16 août 2010 - 15:00]

Peut-on comparer les mesures envisagées par Nicolas Sarkozy contre les délinquants "français d’origine étrangère" avec la politique du régime de Vichy ? L’ancien résistant Stéphane Hessel et l’ancien Premier ministre Michel Rocard n’ont pas hésité à le faire. L’historien Henry Rousso, dans un article publié par Médiapart le 10 août dernier, se pose la question. Pour ce spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de la mémoire de Vichy, dresser un tel parallèle n’est pas absurde dès lors que l’on considère que le régime de Vichy fut le seul dans l’histoire française à déchoir massivement des citoyens de leur nationalité. Deux semaines après le vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, le régime revint sur une loi de 1927 qui avait favorisé la naturalisation de près de 900 000 personnes. Un peu plus de 15 000 personnes se virent retirer la nationalité française sur des critères essentiellement "politiques et ethniques". Proportionnellement, les plus concernés furent des Roumains, des Grecs, des Hongrois, des Autrichiens, des Espagnols, des Polonais et des Russes venus en France dans le cadre de la crise démographique consécutive à la Première Guerre mondiale et du besoin de main d’œuvre. Près de 8000 d’entre d’eux étaient d’origine juive et furent pourchassés par les nazis et Vichy en priorité en tant qu’étrangers, à partir de 1942.

La déchéance de la nationalité concernait aussi les opposants politiques considérés comme dangereux pour la sûreté de l’Etat. Une série de lois promulguées entre juillet 1940 et mars 1941 visait ainsi les hommes politiques, journalistes ou industriels exilés ou ouvertement entrés en Résistance. Dans l’ensemble, ces dénaturalisations touchaient donc tout simplement des citoyens nés à l’étranger ou nés juifs.

Pour Henry Rousso, ce rappel historique montre bien la nature exacte du régime de Vichy : une dictature antirépublicaine et antidémocratique ayant existé dans des circonstances exceptionnelles. Le retrait de la nationalité était au cœur de la politique de Vichy et s’assimilait à un acte de guerre civile. En ce sens, il ne relevait pas d’une rhétorique de dissuasion ou de menace comme les discours actuels.

De surcroît, "à trop vouloir se référer à Vichy comme métaphore du mal français absolu […], on se prive de voir à quel point les mesures visées s’inscrivent dans une tradition républicaine, à quel point les dérives actuelles dans les actes et les discours sont parfaitement compatibles avec un système républicain et n'ont nul besoin d'une dictature charismatique pour s'imposer : c'est bien là le danger majeur - et le risque d'une comparaison hâtive." Ainsi, la référence à Vichy serait pertinente si l’on oublie le contexte de 1940 dans lequel une politique d’Etat xénophobe et antisémite a pu se développer. Ressasser sans cesse les pires heures du passé pour expliquer les "dangers du présent" nous dissimule selon Henry Rousso le caractère inédit de ces derniers. En effet, la nouvelle xénophobie d’Etat affichée par Nicolas Sarkozy ou illustrée par le "Français ou voyou, il faut choisir" de Christian Estrosi, si elle appartient à une longue tradition française - antérieure à Vichy - de fantasme d’une nation épurée, s’inscrit dans un phénomène mondial nouveau, amplifié par la crise économique, d’incapacité de gestion des flux migratoires. Qu’une telle tradition politique puisse ainsi se renouveler dans le contexte d’une mondialisation accélérée, c’est de cela, sans doute, qu’il faut s’inquiéter.

 

* Henry Rousso, "Dénaturalisations : la démocratie à l'épreuve", Médiapart, 10 août 2010.

 

 

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5 commentaires

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Pikkendorff

27/08/10 18:14
Feu de fumée que tout cela. Aller chercher de telles comparaisons permet de ne pas vouloir regarder les transformations de la société française à court terme annoncées par les démographes depuis 20 ans.

Et si il faut parler de Vichy: ce régime était issu d'une assemblée de gauche votant les pleins pouvoirs à un militaire connu pour son inclination à gauche. Que Laval était tout aussi rouge.
Les socialistes et communistes ont toujours fait bon ménage avec les régimes autoritaires.
La droite était majoritairement à Londres!

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Mireille

24/08/10 14:39
"Bravo, vous avez gagné un point Godwin. Le débat est maintenant clos -et vous l'avez perdu."

http://yannickprimel.wordpress.com/2010/08/20/la-bataille-de-godwin
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Bardamu

20/08/10 18:06
Je vais le faire puisque nul n'y daigne : la citoyenneté promue par le gouvernement (dans ses discours du moins) est celle défendue naguère par un révolutionnaire français qui a mal fini, Robespierre. En effet, c'est dans la vertu que réside selon ce dernier ce qui distingue un citoyen d'un étranger ou d'un ennemi - les deux se conjuguant. Il s'agit de faire du droit l'exercice d'une morale. D'où la gêne actuelle : on ne peut confondre un citoyen voyou d'un citoyen au-dessus de tout soupçon ; mais, parce qu'on est mauvais citoyen, doit-on ne plus être citoyen du tout ? Faute de connaître un peu l'histoire de France, les journalistes et les politiciens sont incapables de répondre à des discours extrémistes dont il eût fallu souligner les présupposés (douteux) et les conséquences (absurdes).
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tueursnet

17/08/10 12:41
On ne comprendra jamais rien à nos mythomanies, si on ne fait pas appel à la mythologie.
La réalité est un poison. Le remède c’est l’imagination.
Nous sommes toujours déjà en 2012 et au lieu de confier notre destin aux mêmes pantins, on va faire appel à un seul et unique électeur :
Le président de la République actuel pour désigner lui-même son successeur.
Il y aura trois prétendantes au trône, trois déesses pour convaincre son altesse.
Héra : déesse de la puissance
Athéna : déesse de l’intelligence
Et Aphrodite : déesse de la délivrance.
On aura droit grâce à la bonne volonté de notre Roi à un débat télévisé entre les trois, diffusé en direct sur tous les continents.
Le moment venu, chacune revêtue de ses plus beaux atours va laisser tomber son masque et montrer son vrai visage pour dispenser sa majesté de tout vilain discours.
Héra, c’est Martine.
Athéna, c’est Marine.
Et Aphrodite c’est Marianne sous les traits de Jean-François Kahn.
Et après avoir longuement médité sur l’avenir qui attend les français, notre président se lève, et au lieu de trancher, décide de se retrancher… déchire sa pièce d’identité et renonce une fois pour toutes à sa nationalité !

http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%202012


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Ysabeau

17/08/10 10:29
Cette analyse est peut-être encore plus inquiétante qu'une comparaison avec Vichy !

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