Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La démocratie laïque au féminin
[mardi 10 août 2010 - 01:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Libres de le dire. Conversations mécréantes
Taslima Nasreen, Caroline Fourest
Éditeur : Flammarion
320 pages / 18,91 € sur
Résumé : Des entretiens riches et pleins d’humour à propos de l’influence des religions sur les conditions de vie des femmes
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En général, Caroline Fourest et Taslima Nasreen réagissent avec beaucoup d’humour face à toutes les croyances superstitieuses destinées à faire tenir un rôle subalterne et dévoué aux femmes – usant notamment de blagues féministes, ce qui rend l’ouvrage plus léger, car les faits sont accablants. Elles démontrent également leur excellente connaissance des textes religieux que la plupart de leurs détracteurs n’ont pas lus. Elles peuvent ainsi argumenter en replaçant les textes dans leurs contextes historiques d’origine, et démontrer l’inadéquation de la plupart des injonctions religieuses dans le contexte actuel ainsi que leur fluctuation au gré des époques et des prises de pouvoir des religieux. Taslima Nasreen analyse ainsi le comportement de Mahomet face à ses épouses  , et Caroline Fourest évoque l’aveuglement face à certains passages de la Bible faisant l’apologie de l’inceste   ou les pratiques pédophiles répandues au sein de l’Église.

Elles reprochent aussi aux intégristes d’exercer une "dictature" sur les corps et les désirs, toute autonomie sexuelle étant stigmatisée. Taslima Nasreen a d’ailleurs perdu le droit de vivre en exil à Calcutta, où elle pouvait parler sa langue, en raison de ses écrits évoquant ouvertement sa vie sexuelle.

Toutes deux sont également convaincues que seul un réel État démocratique est capable d’assurer la sécurité des minorités (ethniques, religieuses, sexuelles, linguistiques, etc.) par la séparation de l’Église et de l’État. Tous les cas cités dans l’ouvrage démontrent une compréhension politique des relations complexes entre les minorités et les majorités, alternativement hindoue ou musulmane en Inde, qui suscitent des décisions inattendues concernant la liberté d’expression et les conditions de vie des femmes. Ces interférences entre le racisme, la religion et l’intégrisme provenant de la religion majoritaire ou minoritaire, permettent de saisir la multiplicité des cas et l’intelligence des situations dont font preuve leurs analyses. Les deux auteures débattent ainsi de diverses affaires, dont celle des caricatures de Mahomet parues au Danemark puis dans Charlie Hebdo, dont les répercussions sont mondiales, car la décision de la justice française influe sur les droits que s’octroient les intégristes de par le monde. Enfin, les questions de rapports de classe traversent aussi les discussions et leurs analyses des situations.

En résumé, cet ouvrage est un bel exemple de liberté d’expression de deux femmes qui utilisent des armes pacifiques – la liberté de parole et d’écriture – pour dénoncer le fanatisme des fous armés et des intolérants. C’est aussi un bel exemple d’échange où les divergences sont discutées, analysées, pour permettre de saisir leurs positions respectives. La complexité des situations et les raisons de leurs prises de position y sont clairement explicitées. La lecture de ces entretiens est passionnante car elle force à réfléchir à notre propre position. De plus, les questions de genre traversent tous leurs propos, structurent leurs approches des situations, articulés à d’autres notions. Grâce aux prises de position claires des deux protagonistes de cet échange, efficace et riche, Libres de le dire informe et suscite une réflexion nourrie sur  la place des religions dans nos sociétés, leur influence sur les droits des femmes et les moyens de les contrer.

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10 commentaires

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Fabienne Dumont

14/08/10 16:24
Pour répondre à certains commentaires ci-dessous, je tiens à préciser que ceci est un compte rendu, et que pour toutes les précisions données par Caroline Fourest et Taslima Nasreen, les lectrices et lecteurs sont invité-e-s à se reporter à l’ouvrage.

Les propos qu’elles tiennent ne sont pas à l’emporte-pièce, malgré la forme de l’entretien, mais bel et bien argumentés et ils tiennent compte de la complexité des situations.

Toutes deux combattent, comme je le souligne dans mon texte, toutes les formes d’intégrismes religieux. Faut-il rappeler que Caroline Fourest a tout d’abord combattu l’intégrisme catholique, et continue de le faire ? Si cela paraît à certain-e-s inutile et superflu aujourd’hui, je les renvoie encore une fois aux exemples terrifiants qu’elles donnent, et que l’actualité nous rappelle régulièrement.

Quant à la morale judéo-chrétienne évoquée dans un commentaire, l’auteur-e du commentaire a mal compris ma critique. Elle s’adresse ironiquement à ce qui resterait de morale judéo-chrétienne chez Caroline Fourest, qui tend à valoriser les humains au détriment des animaux. Ce qui ne signifie pas l’éradication de toute morale, mais au contraire la valorisation d’une morale qui comprendrait le respect des autres espèces peuplant la planète. Ce point, non abordé dans le livre, va de pair, de mon point de vue, avec une prise de conscience des méfaits de certains dogmes religieux – sur, notamment, la manière dont notre société considère et traite les animaux non-humains.

Enfin, quant aux projections délirantes « d’autodafés de textes religieux » et de création de « l’Homme nouveau », non merci, je leur préfère les critiques argumentées, pointues et non-violentes de Libres de le dire. Caroline Fourest y affirme d’ailleurs en permanence son désir de faire cohabiter en respect des règles de la République les différentes religions présentes en France. Et je viens d’apprendre que Taslima Nasreen est autorisée à rester en Inde, ce qui est une véritable victoire dans la lutte pour le respect de la liberté d’expression.
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Emile Combes

13/08/10 23:50
@Lovyves

L'intégrisme laïque est une invention politique d'un prédicateur intégriste.

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D.

13/08/10 07:53
A lire la facon pour le moins sans nuance dont Mme Fourest parle (sentiment de "détestation", commentaire généralisant et à l´emporte pièce sur "les catholiques") on en vient à se demander qui est intégriste au juste, qui est "sectaire" ou dogmatique.
On se demande également où est le "courage" et la "libre pensée" qu´il y a en France à lutter contre des moulins à vents tels que la "domination", la pensée "réactionnaire" ou l´intégrisme religieux (cibles faciles et contre lesquelles l´ensemble du monde médiatique bien pensant dans lequel Mme Fourest a gagné ses galons s´accorde à l´unisson). L´autocélébration d´une pseudo rebellion contre une domination tout à fait imaginaire ne peut ici suffire à cacher l´absolu conformisme des propos de Mme Fourest (qui est certes tout à fait inconscient, ce qui est pire : dans son fanatisme Mme Fourest "y croit" sérieusement, à sa pseudo rébellion) . Il n´y a pas là la moindre "libre pensée" mais plutôt la condamnation des dogmes du passé au nom d un nouveau sectarisme (qui, contrairement à l´ancien, ne connait aucun tabou et ne s´arrêtera nulle part dans sa volonté de tout "déconstruire"), d´une nouvelle doxa qui célèbre tout ce qui est prétendument "moderne". (l´auteur du compte rendu en rajoute d´ailleurs une couche avec sa condamnation implicite de la "morale judéo chrétienne). Alors Mesdames Fourest et Dumont, à quand de grands autodafés de bibles, de Talmud et de Coran ? et le tout en direct à la télévision bien sur ? Ainsi vous irez jusqu´au bout de votre libération tant attendue de tout ce qui reste de "morale" et pourrez commencer la construction tant attendue de votre Homme nouveau. Ayez au moins le courage d assumer et de grâce, cessez de vous présenter comme défenseurs de la liberté !
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Lovyves

10/08/10 22:16
Bonjour
La différence entre Taslima Nasreen et Caroline Fourest est que Talisma Nasreen combat tous les intégrismes alors que Caroline Fourest est contre tous les intégrisme sauf .. l'intégrisme laïque, la nuance est majeure pour la liberté de pensée.
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Byzance

10/08/10 11:54
"Caroline Fourest évoque l’aveuglement face à certains passages de la Bible faisant l’apologie de l’inceste" Sachant que la tradition chrétienne, elle n'est pas la seule, a toujours combattu et interdit l'inceste. Il ne peut s'agir ici que d'une lecture littérale qui n'a rien de canonique. On doit aussi cette Eglise le fait que le mariage soit un contrat entre égaux et que la femme ne puisse être répudié. C'est même une des conséquences de la réfome grégorienne, d'une révolution papale... (lisez Berman sur la révolution grégorienne)

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