On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Un volume de cette taille comporte inévitablement une poignée d'erreurs. Certaines sont de l'ordre du lapsus : Theo Adam ne faisait pas partie de la distribution du Parsifal de 1951 à Bayreuth ; la Lucrezia Borgia de Donizetti a été créée en 1833, non en 1840, Pelléas en 1902 et non en 1907 (comme semble l'impliquer l'entrée Belgique) ; la revue Mir iskusstva n'a pas été fondée par Balanchine mais par Diaghilev (entre autres) ; Georges Liébert n'est ni le seul ni même le principal responsable de l'édition de la correspondance de Debussy parue en 2005 ; Van Dam ne chantait pas Arkel mais Golaud, etc. Un certain flottement règne quant à la date de la création parisienne de Tannhaüser – mars 1861, mais on la trouve parfois datée de 1860 ou de 1862. La révélation de Wilhelmine Schröder-Devrient, supposément dans Fidelio en 1829, est parfois présentée comme un fait avéré (ainsi dans l'entrée Biographie et dans la chronologie en fin de volume), parfois sérieusement mise en doute. D'autres problèmes relèvent davantage de l'interprétation. Peut-on dire, par exemple, que Berlioz et Wagner étaient unis dans leur animosité envers Meyerbeer ? Tout comme Verdi, Berlioz a pu manifester une certaine jalousie vis-à-vis du compositeur des Huguenots, mais il l'admirait profondément et ne l'a jamais vilipendé ; de plus leurs relations, comme l'indique le journal de Meyerbeer, étaient suivies et cordiales. L'entrée consacrée à Meyerbeer aurait d'ailleurs pu rappeler que ce dernier, quoique très affecté par les attaques de Wagner (comme il l'avait été par celles de Schumann) n'en témoignait pas moins d'intérêt ni même d'admiration pour ses ouvrages, notamment Tannhaüser et Lohengrin – sans parler du fait que Johanna Wagner, nièce du compositeur, était l'une de ses interprètes d'élection. Il est un peu dommage de ne discuter du wagnérisme de Massenet – dont la mélodie citée s'intitule Enchantement, sans article – que du point de vue d'Esclarmonde, œuvre certes qualifiée de wagnérienne, non sans abus, par la critique du temps, alors que Werther, "drame lyrique", est au moins aussi révélateur. Quant à la notion de "drame lyrique", justement, elle aurait mérité elle aussi un développement à part.
Quelques regrets pour finir. D'abord l'absence, à de très rares exceptions près, de renvois d'une entrée à l'autre – par exemple sous la forme d'un astérisque. Certes, la table thématique en fin de volume compense en partie cette lacune, mais en partie seulement. Un système de renvois aurait permis d'éviter des redites, parfois mot à mot – ce qui en principe ne se fait pas –, comme toute la fin des entrées "Israël" et "Polémiques wagnériennes". Ces redites, il est vrai, n'apparaissent que si on lit le livre de bout en bout. Néanmoins deux entrées sur D'Annunzio à la suite l'une de l'autre, se justifiaient-elles ? Deux sur Claudel, Gracq, Proust, Robbe-Grillet ou Shaw, quatre sur Mann ? Deux sur États-Unis, dont la seconde reprend en partie la première, deux sur Europe (Relation de Wagner à l'Europe, Pensée de l'Europe à travers Wagner – ces formulations claires-obscures sont révélatrices), deux sur la Suisse ? Trois sur Antisémitisme ("imaginaire", "œuvre", "Wagner"), trois sur le personnage de Siegfried ? Quatre sur mythe ("Mythe" tout court, "Mythe, Wagner constructeur de son propre", "Mythomanie/Mythoclastie" et "Mythos et Logos, imaginaire") ? Sans préjuger de ce qui a pu se passer en coulisses, on a souvent l'impression que l'éditeur scientifique, ne se résignant pas totalement à abandonner à ses collaborateurs un sujet qui lui tenait à cœur ni ne se résolvant à corriger leur copie, a décidé de rendre la sienne en supplément. Il est certain que le livre aurait gagné, en termes de clarté, de lisibilité, de cohérence, à un plus grand effort de synthèse.
La riche bibliographie n'est pas exempte de solécismes (que fait Henry-Louis de La Grange à la lettre G ? L'Avant-Scène Opéra à la lettre L ?) et souffre de problèmes d'espacement. Si les coquilles sont peu nombreuses, ce qui est remarquable pour un volume de cette taille, un chancre stylistique est à déplorer pour finir : l'emploi systématique de l'affreux néologisme "états-uniens", qui n'est ni plus élégant ni plus défendable que ne le seraient "royaume-unien" ou "provinces-unien". Ce refus délibéré d'employer "américain", adjectif consacré par l'usage et ne prêtant à aucune confusion, laissera plus d'un lecteur perplexe![]()
1 commentaire
Wagner