Qu'est-ce qui existe ?
[vendredi 02 juillet 2010 - 16:00]
Philosophie
Ontologie
Éditeur : Editions d'Ithaque
Le second chapitre concerne la pratique de l’ontologie. Quels instruments analytiques peut-on utiliser pour faire de l’ontologie ?
Pour les philosophes de la tradition analytique, qui ont centré leurs recherches sur nos pratiques linguistiques, le langage apparaît, lorsque l’on cherche à répondre à l’interrogation ontologique, comme un outil privilégié. Il est, en effet, raisonnable de penser que ce que nous recherchons lorsque l’on fait de l’ontologie concerne les choses qui rendent vrais nos énoncés. On cherche alors à établir le lien entre vérité et existence
. Cependant, alors que l’on peut se trouver d’accord sur les valeurs de vérité des énoncés, on peut être en complet désaccord sur ce dont nous faisons dépendre nos valeurs de vérité. De plus, si "l’engagement ontologique", selon Quine, est révélé par les conditions de vérité de nos énoncés, lorsqu’il intéresse l’ontologie il se doit d’être effectif (
de re). C’est ainsi que dans un premier temps, A. Varzi nous convainc que l’analyse linguistique nous conduit à l’impasse. L’extraction des vérifacteurs (ce qui dans le monde rend vrais nos énoncés), souligne l’auteur, ne peut pas s’effectuer en regardant la seule forme grammaticale de nos énoncés. Faire de l’ontologie s’avérerait alors beaucoup moins facile qu’il pouvait paraître
.
Le second temps de ce chapitre, après avoir dessiné l’impasse de l’analyse linguistique, entreprend de "mettre de l’ordre" dans le panorama des méthodes adoptées ces dernières années. Il oppose tout d’abord la méthode
herméneutique qui, au moyen de la paraphrase, ne cherche qu’à préciser le sens "vrai" sous la forme grammaticale, à la méthode
stipulative, qui définit les conditions de vérité des énoncés. Il s’agit pour la seconde méthode de "doter le langage d’une ontologie explicite". Mais "comment atteindre les intuitions ontologiques que l’on entend fixer au moyen des paraphrases ?"
.
A. Varzi distingue, suite à P. Strawson (1959), entre deux conceptions. L’une est
prescriptive et l’autre
descriptive. A la question "qu’est-ce qui existe ?", la première cherche à donner une réponse indépendante de l’image que nous pouvons avoir de la réalité. L’ontologie chercherait alors à "expliciter quelles choses doivent exister afin que nos théories soient déclarées vraies"
. La conception descriptiviste, par contre (plus modeste et kantienne) se fixe l’analyse de notre pensée sur le monde. Il s’agit d’étudier le monde à travers une analyse de notre appareil conceptuel. Manifestement ces deux conceptions tirent dans deux directions opposées. Si pour l’ontologie prescriptive, le langage naturel n’est pas le point de départ, il n’en n’est pas de même pour la descriptive, qui reste la source principale d’inspiration.
Enfin, une troisième opposition entre une conception
relative et
absolue est portée à notre appréciation. Alors que l’approche prescriptive répond à la question "qu’est-ce qui existe ?" en s’écartant des catégories que nous pouvons avoir dans l’esprit, le descriptiviste, pouvant alors soutenir que l’appareil conceptuel n’est pas le même sous toutes les latitudes pourrait soutenir un certain relativisme. Mais sommes-nous libres de choisir, se demande l’auteur, citant M. Dewitt (1984) ? Si nous l’étions, nos théories ne concerneraient pas le monde, mais l’image du monde que nous formons
.
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