Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La troisième révolution du livre ?
[vendredi 18 juin 2010 - 21:00]
Edition
Couverture ouvrage
l'Edition électronique
Marin Dacos, Pierre Mounier
Éditeur : La Découverte
126 pages
Résumé : En 128 pages, l’essentiel sur les mutations de l’édition et  sur ses enjeux intellectuels, économiques et politiques.  
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Le dernier avatar de l'édition électronique est en effet selon nos deux auteurs l'édition en réseau, qui remet en cause non plus l'organisation de la "chaîne du livre" mais son existence même par la rupture de son caractère unidirectionnel, le caractère désormais mouvant de l'écrit et une nouvelle définition de l'auteur, qui peut renoncer à une partie de ses droits au profit du bien public. "La capacité des entreprises d'édition à faire accéder l'écrivant au statut d'auteur et le monopole qu'elles détiennent alors sur cette capacité semblent s'effondrer"   : on sait désormais qu'il ne s'agit nullement d'une désintermédiation mais d'une redéfinition profonde de la médiation, soit que des professionnels encadrent des amateurs, soit que le travail soit réparti selon les compétences, le temps et les possibilités matérielles de chacun. L'exemple le plus achevé de ce type d'édition est sans doute l'encyclopédie Wikipédia avec sa très complexe et très prosaïque organisation destinée à organiser le travail de tous, reposant sur des règles mais également sur la discussion et la négociation.
 
Plus que d'autres manuels de la même collection, ce livre prend parti. Car l'édition électronique cherche encore ses formes et son identité : s'y rencontrent des intérêts divergents alors que le modèle économique n'est pas tout à fait fixé. À cet égard, nos deux auteurs ne cachent pas leurs positions. Marin Dacos est ingénieur de recherche au CNRS et dirige le Cléo, unité de service qui comprend notamment la plate-forme d'édition ouverte en ligne revues.org. Pierre Mounier est responsable de la formation du Cléo. Tous deux animent le blog Homo Numericus et animent un séminaire à l'EHESS : ils sont engagés en faveur de l'ouverture des formats et de l'open access et considèrent assurément que le lecteur doit être au centre des nouvelles pratiques. Nous avons rappelé plus haut certaines propositions qui demandent à être entendues  par l'ensemble des acteurs économiques et politiques : alors que les acteurs du disque ont presque abandonné les DRM et que des plates-formes ont souligné leur inefficacité (sans même parler du mépris du lecteur qu'elles impliquent), il serait catastrophique que les textes se referment sur eux-mêmes. Dacos et Mounier rappellent comment Amazon a purement et simplement fait disparaître à distance de la tablette de ses clients le livre 1984, dont l’entreprise s’était rendu compte un peu tard qu’elle ne possédait pas les droits de vente. À une période où les procédures s’inventent et se mettent en place pour des dizaines d’années, il serait très dangereux de transformer la vente de livre en location longue durée sans aucun engagement de la part du vendeur et d’obliger le lecteur à racheter le même texte quand il passe d’une liseuse de marque A à un ordinateur de marque B.
 
Soulignant à la fois l’environnement intellectuel et ces questions économico-politiques, Marin Dacos et Pierre Mounier présentent, en bons pédagogues et en parfaits connaisseurs de leur sujet, les enjeux actuels de ce champ en une centaine de pages seulement – ce qui est un tour de force. Ils ne s’adressent ainsi pas seulement aux professionnels ou aux étudiants de ce champ mais à tous les curieux des mutations qui se font actuellement jour, en se mettant à la portée de tous les lecteurs. Sans doute l'ouvrage sera-t-il rapidement obsolète, nécessitant des éditions successives, mais il permet de prendre le temps de sortir du flux des informations, de s'arrêter et de faire le point sur des pratiques qui sont entrées dans notre vie quotidienne mais ne datent finalement que de quelques années, et au sujet desquelles bien des questions se posent encore. Et cela est précieux.
 

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1 commentaire

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Pierre Mounier

23/06/10 09:54
Bonjour,

merci beaucoup pour cette belle critique qui réussit le tour de force de résumer en 4 pages notre livre de 128 pages ! Quant à votre question initiale, nous n'imaginons pas le livre numérique contre le papier mais plutôt l'édition électronique comme un processus de création du livre dont la matérialisation imprimée est un aboutissement possible. L'imprimé rend d'autres services que la diffusion en ligne. Il nous permet dans ce cas en effet de toucher un public moins spécialisé et nous a permis, par la contrainte d'écriture qu'il représente, de faire l'effort de synthèse que vous évoquez. Comme vous l'indiquez, ce livre est sans doute à péremption rapide. Blogo Numericus nous permettra de rendre accessibles mises jour et actualisations, ce que ne permet pas le support imprimé. Un autre exemple de la complémentarité des supports.

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