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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Comment survivre à l'après Guerre froide ?
[vendredi 11 juin 2010 - 14:00]
Stratégie, Défense et Sécurité
Couverture ouvrage
La RAND Corporation (1989-2009). La reconfiguration des savoirs stratégiques aux Etats-Unis
Jean-Loup Samaan
Éditeur : L'Harmattan
250 pages / 21,85 € sur
Résumé : How to Think in a Tank. Ou comment une organisation créée pour et par un contexte socio-politique, celui de la Guerre froide, pouvait-elle lui survivre ? Comment des castes d’experts en dissuasion et en soviétologie, incapables de prévoir l’implosion de l’URSS, à l’instar des autres membres de la communauté épistémique occidentale, et voyant s’effondrer l’ordre ancien au fondement de leurs activités parvinrent à se reconvertir ?
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Née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Rand Corporation – pour Research And Development – fut d’emblée assignée par les responsables de l’armée de l’air américaine à l’étude de la dissuasion. Dans le gigantesque mobile de Calder qui se met en place entre 1945 et 1955, des hommes, tel le malheureux Herman Kahn, s’attelèrent courageusement à penser l’impensable. Relais d’opinion, passerelle mais aussi fusible entre mondes civil et militaire, les "think tank" – le terme est issu des chercheurs embarqués dans des tanks durant la Seconde Guerre – vont devenir un maillon incontournable du processus décisionnel de politique étrangère et de défense des Etats-Unis. De la complexité de la Guerre froide, de la rationalité nucléaire et de ses déclinaisons opérationnelles, la mémoire garda un temps l’image esquissée par Kubrick, celle du Docteur Folamour, issu de l’obscure Bland Corporation. Pourtant, l’Histoire retiendra surtout l’effervescence intellectuelle post-1945 – que l’on songe un instant aux conférences Macy et à la naissance de la cybernétique – et, au-delà, l’étrange stabilité de cette guerre de cinquante ans qui, aux yeux de chacun, avait tout intérêt à rester froide.

Bien sûr, la Guerre froide n’épuisa pas tout le spectre des possibles stratégiques dans la seconde moitié du XXème siècle. Au fond, les guerres chaudes, par proxy ou non, mais surtout l’ère des décolonisations et la globalisation des échanges, patente à partir des années 1970, sont autant de forces profondes qui survivront à la bipolarité. La Rand ne fait d’ailleurs pas exception : ses travaux, au même titre que ceux de ses homologues et concurrents, se diversifient à partir des années 1960. Néanmoins, calée sur le rythme de la Guerre froide, l’activité de la Rand est recentrée sur les grandes problématiques de dissuasion et d’arms control lorsque, au seuil des années 1980, la Guerre fraîche reprend ses droits au détriment de la Détente. Comme le montre cette étude, un recentrage des travaux de la Rand sur son cœur de métier s’opère alors sous l’impulsion de Reagan, celui qui, paradoxalement, contribua à la fin de la Guerre froide, mais non pas véritablement à la fin de l’URSS. Pour cela, il faudra un processus interne, porté sans doute bien malgré lui par Gorbatchev. Et c’est là que la problématique centrale du livre trouve tout son intérêt historique. 

Comment exister après la Guerre froide ?

Comment une organisation créée pour et par un contexte socio-politique, celui de la Guerre froide, pouvait-elle lui survivre ? Comment a-t-elle pu renouveler ses liens avec le sein nourricier, i.e. le Pentagone ? Comment des castes d’experts en dissuasion et en soviétologie, incapables de prévoir l’implosion de l’URSS, à l’instar, au demeurant, des autres membres de la communauté épistémique occidentale, et voyant s’effondrer l’ordre ancien au fondement de leurs activités, partant de leur légitimité, parvinrent à se reconvertir ? Dans quelle mesure la continuité l’a-t-elle emporté dans la longue phase de transition des années 1990 que nous continuons faute de mieux à dénommer "l’après-Guerre froide" ? Pour répondre à ces questions, Jean-Loup Samaan étudie tour à tour la genèse de l’idéologie techniciste qui irrigue les débats stratégiques – RMA (révolution dans les affaires militaires), guerre réseau-centrée etc. – dans un contexte hautement concurrentiel jalonné de "revolving doors" pour les déchus de l’administration sortante et d’immixtion des entreprises de consultants (Booz Allen Hamilton etc.).

L’auteur se penche ensuite sur le rôle de la Rand dans les mutations doctrinales et opérationnelles du Département de la Défense américain à partir des années 1989-1991 – époque difficile où la Rand perd sa "rente" historique, mais où chacun réapprend que, malgré la tendance aux fameux dividendes de la paix et à la baisse des budgets de défense, réformer et restructurer coûte cher, du moins à court terme. Et la Rand saura bon an mal an en profiter, naviguant à vue entre affinités clientélistes traditionnelles (l’Air Force) et nouveaux défis (le cyber, le terrorisme, la contre-insurrection) ainsi qu’entre la reconnaissance forcée d’une phase d’incertitude quant aux priorités stratégiques américaines et la nostalgie pour le projet Solarium du tournant des années 1950, qui continue d’ailleurs à animer les think tanks sous l’ère Obama.

Titre du livre : La RAND Corporation (1989-2009). La reconfiguration des savoirs stratégiques aux Etats-Unis
Auteur : Jean-Loup Samaan
Éditeur : L'Harmattan
Collection : Chaos international
Date de publication : 20/02/10
N° ISBN : 978-2296112667
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