Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Comment en finir avec la Coupe du monde ?
[jeudi 10 juin 2010 - 15:00]
Sport
Couverture ouvrage
Footafric : Coupe du monde, capitalisme et néocolonialisme
Ronan David, Fabien Lebrun, Patrick Vassort
Éditeur : L'Échappée
151 pages
Résumé : Une histoire sans concession d’une compétition organisée dans un unique but : servir l’appareil idéologique en engrangeant des  profits réservés aux plus riches.
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Les coûts de la Coupe du monde, organisée selon les vœux de cette organisation, sont énormes mais, – ô surprise ! – ne sont pas supportés par la FIFA mais par le budget public. Le gouvernement d'Afrique du Sud s’est endetté de 210 millions d'euros pour accueillir 64 matchs de football dans dix stades, certains ayant été spécialement construits pour cette occasion  . Des routes ont bien été construites pour y arriver, sans réflexion sur les besoins de la société  .
 
Et après la Coupe ? Ces stades-monuments resteront perdus, les routes qui ont été construites ne mèneront plus que vers des stades vides et inutiles. Toutes ces dépenses sont astronomiques au regard des bénéfices qu’on peut en attendre pour la population. Et tandis que la population d'Afrique du Sud payera les dettes, les participants et la FIFA en auront tiré tout profit. L'équipe qui gagne la Coupe du monde obtient par exemple une somme de 20,5 millions d'euros, et chaque équipe participante, même chaque joueur sélectionné sort de ce combat avec des sommes d'argent, tirées des efforts d'un pays faisant de son mieux pour permettre ces 64 fois de 90 minutes de jeu  .

Certes, la Coupe du monde constitue un moment d'espoir pour beaucoup dans ce pays en détresse, mais avec des conséquences parfois fatales. Les auteurs explorent d’un point de vue critique ce qui se déroule derrière les coulisses de ce spectacle. Violences sexuelles, politiques et militaires, séparations, et l'exploitation des rêves d'enfants. L'utopie de pouvoir sortir de la misère par le football, transportée par quelques stars, est juste un exemple d'une logique capitaliste sans conscience. Alors que la détection de jeunes footballeurs est présentée comme un effet colatéral positif, selon la rhétorique dominante, c’est en vérité un marché aux esclaves qui se cache : "l'Afrique étant pour le capital une terre d'exploitation, les jeunes footballeurs sont considérés comme de la "chair à canon""  . Ce sont quelques histoires de succès qui fondent des rêves. Mais derrières ces contes, il y a infiniment plus d'histoires réelles de détresse, de jeunes qui se retrouvent en formation jusqu'à leur majorité pour se faire rejeter ensuite, des jeunes mineurs en Europe, qui sont à la rue et non dans un stade jubilant. "[...] Pour un joueur repéré, plusieurs dizaines gâchent leur vie dans une migration parfois sans retour, dans la clandestinité, avec comme seul espoir le miracle de pouvoir vivre normalement"  .

Comme on pouvait s’y attendre, les auteurs tirent de cette analyse critique une conclusion radicale : ils parlent de la nécessité de la disparition du football. Peu probable, la prochaine Coupe du monde aura lieu en Brésil en 2014 et, là aussi, le contexte est tout sauf idéal : des dettes abyssales s’en suivront, beaucoup de violence pour encore 64 jeux et une foi aveugle dans le pouvoir de l'économie du sport. On en vient finalement à se poser la question : combien de Coupes faudra-t-il encore pour qu’un mythe pareil soit dévoilé ? Les auteurs ne permettent pas de répondre à ce questionnement mais finissent leur ouvrage par un plaidoyer pour la liberté, la différence et contre la loi du plus fort  .

 

A lire aussi sur nonfiction.fr :

- Dossier Coupe du monde 2010 : coup d'envoi !

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