On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Présenté par Gilles Finchelstein comme "un des économistes les plus éclectiques", Elie Cohen est venu présenter jeudi soir à la Fondation Jean-Jaurès son dernier ouvrage, Penser la crise.
L’économiste, directeur de recherche CNRS au Cevipof, a d’abord reconnu qu’il n’avait pas vu venir cette crise. Cet échec, partagé selon lui par l’ensemble des économistes s’expliquerait par la méconnaissance de l’économie financière et l’utilisation de modèles macroéconomiques ne prenant pas en compte l’existence des marchés financiers. La domination de l’économie classique et l’éclipse des théories keynésiennes depuis trente ans, qui permettent pourtant d’expliquer les crises, sont les autres raisons qui ont été évoquées.
Il a procédé pour ce livre selon une démarche en trois temps. En premier lieu, il s’est laissé porter par les évènements, en analysant l’évolution de la crise. Puis, il s’est plongé dans la lecture des ouvrages d’économie d’avant crise et a distingué cinq courants qui avaient pensé la crise sous différentes formes. Enfin, il a opéré un retour en arrière en analysant l’histoire économique de la libéralisation financière de ces vingt dernières années.
Cinq écoles pour penser la crise
De quelle manière les économistes ont-ils pensé la crise avant la crise ? Une première école se focalise sur les "déséquilibres globaux" causés par la mondialisation. Le principal déséquilibre est celui qui s’est formé entre la Chine, "atelier du monde", produisant beaucoup et accumulant de l’épargne, et les Etats-Unis épargnant peu et consommant à crédit. Pour équilibrer ce système, il faudrait avoir un transfert de capitaux de la Chine vers les Etats-Unis par une appréciation du yuan et une dévaluation du dollar. La deuxième école voit dans l’absence de maîtrise du système financier la cause de la crise. Elie Cohen a cité comme exemple, le "travail remarquable" de l’économiste indien Raghuram Rajan, auteur de l’ouvrage Saving Capitalism from the Capitalists (2004). Pour la troisième école, la crise viendrait des bulles de liquidités qui se sont formées aux Etats-Unis, en raison notamment de la politique laxiste de la Banque fédérale américaine (Fed). La quatrième école met en lumière l’existence de "trous" dans le système financier qui permet, avec des produits innovants de spéculer. La cinquième école souligne l’action politique désastreuse du gouvernement américain en matière de logement. Elie Cohen propose en fait une synthèse de ces cinq écoles qui seule permettrait d’expliquer la crise actuelle.
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Fred