On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
La victoire du PS aux élections régionales semblait enfin annoncer, telle une hirondelle électorale, un printemps longtemps attendu du côté de la rue de Solferino. Certains observateurs pressés ont même cru pouvoir annoncer une météo politique sans nuage jusqu’en 2012 ; voire, pour les plus audacieux, que la victoire de la gauche était d’ores et déjà acquise ! Et ce malgré les appels à la prudence de ceux qui ont gardé en mémoire ce qu’il advint trois ans après de la triple victoire du PS en 2004 (européennes, régionales et cantonales). Mais ce qui comptait à leurs yeux, c’était un PS de retour dans la course, avec à sa tête une Martine Aubry incontestée et devenue ipso facto présidentiable. Ceux qui avaient vilipendé et jeté dans les oubliettes lilloises la "dame des 35 heures" et la "mèremptoire" des années 1997-2000 lui trouvaient maintenant toutes les qualités pour la fonction suprême : sérieuse, simple et directe. Bref, la gauche tenait là son Angela Merkel, le remède imparable au style autant qu’au bilan de Nicolas Sarkozy.
Las, depuis quelques semaines, cette rutilante et prometteuse mécanique semble s’être enrayée. Le retour à la réalité politique a été brutal après la dissipation des brumes électorales. Le PS n’a toujours pas d’autre projet pour unir ses propres troupes et rassembler la gauche que la fin du sarkozysme, et le parti qui devrait normalement fournir le candidat de la gauche au second tour de l’élection présidentielle… n’en a toujours pas. En clair, rien de ce qui handicapait le PS il y a encore quelques mois n’a été résolu par la victoire aux régionales. Une victoire en trompe-l’œil car obtenue grâce à une abstention record pour ce type d’élection et une déception dévastatrice dans l’électorat traditionnel de la droite. Comme on pouvait s’en douter, ce succès électoral local n’a pas apporté le début d’une solution aux problèmes structurels du PS. Chacun a certes bien compris que la droite pouvait perdre en 2012 mais la question reste entière de savoir si la gauche peut pour autant gagner la présidentielle.
Le PS, quoi qu’en disent les promoteurs exaltés des primaires à tout prix, est loin d’avoir réglé la question de la désignation de son candidat pour 2012. Il ne suffit en effet ni d’avoir une procédure réglée comme une présentation PowerPoint de consultant en stratégie ni une "Première secrétaire" devenue fonctionnellement présidentiable dans les sondages pour que la lancinante question de la candidature à l’élection suprême puisse être considérée comme une simple formalité. Cette illusion risque d’être coûteuse.
Qu’en est-il, par exemple, du lien entre candidature et leadership ? On a vu les dégâts causés en 2007 par la disjonction criante de ces deux positions. La quadrature du cercle ou plutôt du triangle magique de l’élection présidentielle en France – incarnation, représentation et narration – n’est pas pour demain au PS si l’on en croit les positionnements des uns et des autres sur la grille de départ telle qu’elle nous est proposée par les médias aujourd’hui. S’il n’y a bien évidemment jamais de candidat idéal à une telle élection, les noms les plus souvent cités (Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn ou encore Manuel Valls…) sont chacun lestés d’importants handicaps individuels. Qu’il s’agisse, dans le désordre, d’un déficit ou d’un manque de notoriété, d’expérience, de compétence, de charisme, de capacité de rassemblement… aucun de ces prétendants au titre n’est immédiatement légitime. Il ou elle devra se battre, plus ou moins certes, pour s’imposer. Suffira-t-il, par exemple, à Martine Aubry d’avoir été Premier secrétaire du parti pour être candidate ? Si oui alors les primaires ne serviront à rien sinon à faire plébisciter par une poignée de sympathisants de gauche le candidat socialiste – mais alors qui au PS et à gauche participera à une telle démarche ? – et tout devra donc se jouer à l’avenir lors de la désignation du chef du parti. Celui-ci devenant à la fois le leader et le candidat à la prochaine élection nationale, comme c’est le cas dans la plupart des régimes parlementaires. Si ce n’est pas le cas, la querelle de la légitimité pourra reprendre à n’importe quel moment.
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