Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Ce monde que nous avons perdu
[vendredi 28 mai 2010 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les dynasties marseillaises : De la Révolution à nos jours
Xavier Daumalin, Laurence Américi
Éditeur : Perrin
515 pages / 22,8 € sur
Résumé : Marseille et la mer. Histoire, jalonnée de réussites et d’échecs d’un patronat longtemps brillant.
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La dernière partie du livre   est un peu décevante. Sans doute parce que ce milieu des notables marseillais restait un milieu d’affaires avant tout, qu’il s’agisse de mariages, de dots, de successions, d’éducation, tant de leurs garçons – entre gouvernantes anglaises, précepteurs, puis collèges jésuites ou dominicains, parfois le lycée Thiers - que de leurs jeunes filles – entre religion, arts d’agrément et leçons de maintien -, de leurs résidences  , de leurs codes vestimentaires, de leurs loisirs  , de leur culture même  . Beaucoup d’entre eux, tant catholiques que protestants, se livraient à la bienfaisance, fondant la Caisse d’Epargne ou accueillant Don Bosco  . Presque tous suivaient le même cursus honorum : présidence de la Société pour la Défense du Commerce et de l’Industrie (l’Union patronale de fait), puis la Chambre de Commerce, comme membre, puis vice-président, enfin président, souvent durant plusieurs années. Quelques-uns accédèrent aussi à la mairie comme conseiller municipal, parfois comme maire (Alexis Rostand) et même au Parlement (Jean Fraissinet en 1958).


Destins familiaux… et destin d’une ville

Reste le problème que nous évoquions tout à l’heure : dans les années 1960-1990, tandis que l’activité portuaire se déplaçait vers Fos-sur-Mer et que Marseille n’était plus bientôt qu’un port pétrolier et un terminal de conteneurs, une à une les industries qui avaient fait la réputation de la ville disparurent : moulins, semouleries, fabriques de pâtes alimentaires, tuileries-briquetteries  , huileries-savonneries, construction et réparation navale... Prisonniers d’horizons commerciaux trop uniquement méditerranéens et africains, les industriels marseillais auraient-ils manqué le rendez-vous de cette première mondialisation ? Pour des Fraissinet, qui comprirent vite qu’on était en train de passer de l’ère des paquebots à celui de l’avion et même de l’aviation d’affaires, pour un Henri Fabre qui fit voler le premier hydravion sur l’étang de Berre (invention hélas sans lendemain, on le sait), pour des Ilmer qui choisirent le pétrole, que de faillites, de reconversions manquées, d’absorbtion dans des groupes désormais plus puissants ! Les descendants des Rocca, des Fournier, des Charles-Roux, des Rastoin ont souvent "fait" Centrale, Polytechnique, HEC ou l’ENA, parfois les deux ; on les retrouverait souvent dans les grands groupes qui absorbèrent Unipol, les Chantiers de Provence ou Rivoire et Carré, voire dans l’Université, les grandes administrations ou la politique…  

Ce livre, au demeurant excellent, même si parfois certaines pages un peu fastidieuses sentent par trop la fiche tirée de documents d’archives, est bien un requiem. Mais il n’est point interdit d’espérer : Marseille a si souvent rebondi ! En 2013, elle sera capitale européenne de la culture….

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