La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Amnistie ou amnésie ? Quand l’oubli n’excuse pas tout
[mardi 25 mai 2010 - 10:00]
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Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu, retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution sur les déboires judiciaires du juge espagnol Baltasar Garzon.

 

Le juge Garzon n’a plus le droit de travailler.
Les pétitions peuvent circuler, les manifestations de soutien s’organiser, les dés sont lancés.
Le juge Garzon n’a plus le droit de travailler.
Il n’a voulu faire que son métier, mais les dés sont pipés.
Le juge Garzon n’a plus le droit de travailler.
 
Et quelle que soit l’issue de cette affaire qui n’en est qu’à ses préludes, le symbole est fort pour une Espagne pourtant sortie du franquisme il y a maintenant plus de trente ans : ceux qu’on appellera franquistes, néo-franquistes ou nouveaux phalangistes, ceux qui pendant des années se sont accrochés aux boulons des statues du Caudillo sur les places publiques andalouses, ceux qui vantent le bilan d’une dictature parce qu’elle s’est accompagnée pendant une dizaine d’années d’une forte croissance économique, ceux qui en 1936 auraient tout fait pour abattre une jeune démocratie à la recherche de justice sociale parce qu’elle touchait aux privilèges de l’armée, de l’Eglise et de la grande bourgeoisie, ceux-là ont à nouveau gagné la guerre.
 
On laissera donc les fosses communes fermées et les morts républicains sans nom. On fera donc à nouveau comme s’il n’y avait eu que deux armées face à face pendant cette guerre civile, comme s’il n’y avait pas eu un agresseur et un agressé, une armée fasciste et une armée républicaine, un gouvernement démocratiquement élu et les chefs d’un putsch militaire. On fera donc à nouveau comme il y a 70 ans lorsque les démocraties occidentales considéraient dans leur confort tranquille que l’on pouvait tranquillement laisser crever les Républicains espagnols de l’autre côté de la frontière sans leur venir en aide, sans même leur livrer les armes qu’ils avaient pourtant payées, et que l’on pouvait simplement continuer à entasser dans des camps de fortune ceux qui réussissaient à passer la frontière – quand on ne les renvoyait tout simplement pas à l’abattoir de l’autre côté des Pyrénées – pour se donner bonne conscience.
 
L’Espagne avait besoin en 1975 d’être enfin une nation unie. L’amnistie était le prix à payer. Oui, une loi d’amnistie était, deux ans après la mort de Franco, nécessaire. Parce que l’Espagne avait le droit de panser ses plaies. Parce que les démocrates espagnols ont compris que ce tribu était nécessaire s’ils voulaient voir la démocratie s’installer dans leur pays sans que le sang à nouveau ne se mette à couler.
 
L’amnistie contre la paix. L’amnistie contre la paix qui ne signifiait pourtant pas qu’il n’y avait pas eu de coupables. L’amnistie contre la paix que l’on a vu subrepticement se convertir en amnésie. Et, aujourd’hui que les derniers témoins, que les dernières victimes de la guerre civile et du franquisme sentent leurs forces leur échapper, aujourd’hui l’amnésie devient ligne de conduite officielle. Parce que ce que porte aujourd’hui Garzon, c’est avant tout le droit de se souvenir, et donc le droit de savoir.
 
Mais on n’enquête pas sur les crimes du franquisme. Le juge Garzon doit être jugé pour "prévarication". On n’enquête pas sur les crimes du franquisme. Le Conseil général du pouvoir judiciaire a décidé à l’unanimité de suspendre de ses fonctions le juge Garzon.
 
Les soutiens français au juge Garzon sont les bienvenus. Ne serait-ce pas abandonner la justice elle-même que de laisser seule la figure de proue de la justice universelle, l’homme qui a fait interpeler Augusto Pinochet, le fer de lance, au péril de sa vie, de la lutte judiciaire contre l’organisation indépendantiste basque ETA ? Une grande partie des juristes estiment d’ailleurs que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles et donc la loi d’amnistie espagnole contraire au droit international.

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1 commentaire

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Txakal

25/05/10 22:40
Le juge Garzon est le Janus de la Justice espagnole; celui qui a attaqué avec férocité tout ce qui est basque, dans la plus pure continuité du franquisme. Tout lui a été bon "Tout ce qui est basque est ETA" a été son Credo. Ce qui lui a permis de fermer radios et journaux, d'emprisonner des journalistes, des dirigeants politiques et syndicaux, des militants pacifistes, des Droits de l'Homme et des élus, de couvrir des centaines de cas de tortures...
En fait, il a essayé de se refaire une image en "attaquant" des cibles qui ne l'étaient pas, Pinochet, Bin Laden...
Au pays basque, nous nous réjouissons qu'il soit cuisiné avec la propre recette qu'il a utilisée pendant des décennies pour le plus grand plaisir de l'Espagne "Una, grande, libre"... Tant qu'ils s'étripent entre eux...
Je suis une des victimes de Garzon: ex-élu local de citoyenneté française, 6 mois de préventive et une demande de 15 ans de prison dans le procès à venir... Sans aucun délit ni chef d'accusation, comme mes 21 co-inculpés !!!
Mais Garzon n'a jamais eu besoin de délit , encore moins de preuve , pour emprisonner les Basques pour des décennies. Arriviste, ambitieux, opportuniste, soumis au pouvoir du moment, un magistrat qui fait honte à ce que doit être la Justice. En Espagne, il y en a plus d'un comme lui. Franco est mort, pas le franquisme!

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