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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Le site "Les classiques des sciences sociales" fête ses dix ans. Entretien avec Jean-Marie Tremblay
[lundi 17 mai 2010 - 03:00]
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Dix ans déjà que la bibliothèque numérique "Les classiques des sciences sociales" poursuit son œuvre de numérisation et de diffusion des savoirs aux publics francophones. Utilisé au Canada mais aussi en Côte d’Ivoire, au Maghreb et en France, le site permet un accès en téléchargement libre et gratuit à plus de 4000 ouvrages de sciences sociales. Retour avec Jean-Marie Tremblay, fondateur de cette bibliothèque numérique, sur cette formidable aventure et sur le débat actuel autour de la numérisation des livres.

 

Nonfiction.fr- Comment avez-vous eu l’idée de fonder la bibliothèque numérique "Les Classiques des sciences sociales" ?
 
Jean-Marie Tremblay : J’enseigne la sociologie depuis 34 ans déjà. C’est parce que je suis professeur que l’idée m’est venue de créer une bibliothèque numérique. Comme j’avais en 1985 repris goût au travail grâce à l’arrivée du Macintosh, c’est bien naturellement que le numérique s’est installé dans ma vie. Dès 1992, j’ai commencé à numériser des textes de sociologie pour mes élèves. Peu de mes étudiant(e)s possédaient un ordinateur à l’époque et presque personne n’était branché sur internet. J’ai toujours eu du plaisir avec mes élèves, mais cela ne suffisait pas. Ce n’était pas assez. J’avais beau leur préparer des bases de données, du matériel numérique pour s’initier à l’analyse sociologique, ça ne comblait pas mon désir d’être utile.
Dès que j’ai senti que mes élèves étaient assez nombreux à être branchés au réseau internet, l’idée m’est venue de créer mon site pédagogique sur internet et dès 1998, je commençais à numériser des œuvres plus importantes, des œuvres classiques en sociologie, anthropologie, histoire, économie politique, science politique, philosophie et psychanalyse. C’est parce que je voulais rendre ces œuvres accessibles à mes élèves, en numérique et à distance, que l’idée m’est venue de créer un site spécialisé en sciences sociales. En fait, ce serait une véritable bibliothèque numérique.

Face à la fragmentation du savoir, à l’émiettement des connaissances, j’avais besoin de retourner aux œuvres fondatrices de nos disciplines, celles d’Émile Durkheim, de Marcel Mauss, de Montesquieu, Tocqueville, Proudhon, Marx, Engels et combien d’autres encore. Et l’idée des Classiques des sciences sociales m’est tout naturellement venue. Je voulais bien tout faire bénévolement, mais je ne pouvais assumer les coûts d’un serveur internet et d’une bande passante. Déjà mon site internet avait à l’époque une bande passante de 150 mega octets par mois et on me facturait. Et je ne voulais surtout pas d’un site internet où on soit inondé de publicité. C’est donc naturellement que j’ai pensé à une coopération avec une institution d’enseignement supérieur et l’Université du Québec à Chicoutimi —notre université régionale— disposait déjà de toute la logistique et de l’infrastructure pour accueillir Les Classiques des sciences sociales.
 
Nonfiction.frPourquoi avoir choisi la gratuité ?
 
Jean-Marie Tremblay : Lorsque j’étais enfant, je voulais devenir “missionnaire”, faire le bien, aider, contribuer à la réduction des inégalités sociales. Lorsque j’ai commencé, à l’âge de 50 ans, ce qui allait devenir Les Classiques des sciences sociales, j’ai eu le sentiment d’avoir retrouvé mon “âme” —excusez l’expression, pour un agnostique, je devrais dire mon essence, m’être reconnecté à mon idéal d’enfant—. Mon idéal était d’aider, de partager, non de m’enrichir. Mon salaire d’enseignant n’était pas très élevé, mais nous ne manquions de rien. Je viens d’une grosse famille et cela nous apprend à partager et nous entraider.
Partage des connaissances, accès aux savoirs et gratuité allaient ainsi de soi. Je ne pouvais envisager les choses autrement. Vous imaginez un(e) étudiant(e) qui doit payer pour l’accès à un livre, qu’il soit dans une petite ville d’ici ou dans un lycée ou un cybercafé au Madagascar. La gratuité permettait à tous, de tous les milieux, d’accéder librement à ces connaissances. C’était mon intention de départ et je n’y ai pas dévié.
 
Nonfiction.fr- Pourquoi avez-vous choisi de rendre disponible des livres uniquement en français ?
 
Jean-Marie Tremblay : Je suis né au Québec, dans une petite ville de région. Je parle français et ma culture est française. J’ai étudié en français. Nous sommes francophones sur un continent où l’anglais domine. Nous avons beaucoup de chercheur(e)s de grande qualité et d’excellents professeur(e)s d’université. Si au départ, je voulais rendre accessibles les savoirs en sciences sociales, les œuvres classiques notamment, je voulais aussi contribuer à la diffusion de notre patrimoine intellectuel en diffusant les publications des intellectuel(le)s québécois notamment. Et ils sont nombreux à publier en français.

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5 commentaires

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Charles-Henri

06/09/11 19:22
« Ce qui n’est pas le cas des textes mis en ligne dans l’encyclopédie Wikipédia ou dans WikiSource. »

Wikisource publie les fac-similés des textes édités en regard de ces textes. Je ne vois pas ce que l'on peut faire de mieux...
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Christophe Camus

22/05/10 15:12
Il y a 10 que je connais et pratique Les classiques des sciences sociales et le travail remarquable de J.-M. Tremblay, je me réjouis aujourd'hui de voir Nonfiction.fr lui donner la parole et lui rendre ainsi un hommage largement mérité. Bonne continuation à ce site nécessaire et à son créateur.
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Jean-Marie Tremblay

21/05/10 18:45
Je viens de prendre connaissance de vos témoignages. Je voulais vous dire que j'apprécie les bonnes paroles à l'endroit de l'oeuvre que nous édifions, jour après jour, livre après livre. Nous sommes peu nombreux, mais nous voulons apprendre, abreuver notre curiosité et partager ce savoir que les chercheurs et, de plus en plus souvent, des éditeurs nous permettent de diffuser en accès libre et gratuit à tous, de partout dans le monde. Ce partage me fait chaud au coeur. On reçoit de la société. Celle-ci nous a permis de nous instruire, d'apprendre, d'être heureux. Redonner à la société, comme nous le faisons, c'est comme un contre-don. On reçoit et on donne. Il me semble que c'est encourageant pour l'avenir et le développement de rapports humains sains et égalitaires.

Merci infiniment,
jean-marie tremblay,
sociologue, fondateur, Les Classiques des sciences sociales
http://classiques.uqac.ca/

PS. Si vous voulez suivre les activités reliés aux Classiques des sciences sociales, vous pouvez visiter quotidiennement ma page dans FACEBOOK:


http://www.facebook.com/profile.php?id=100000740330424&ref=profile#!/profile.php?id=100000740330424
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Liseron

21/05/10 14:45
Un grand monsieur, une grande équipe et au final, un magnifique site.
Que ferions-nous sans un tel site ? Comment ferions nous apprendre sans se ruiner ?
Mille mercis, M. Tremblay.
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AGOIS

21/05/10 14:09
Nous sommes très profondement ravi de l'Esprit philanthropique que vous avez envers le monde estudiantin, en particulier celui subsaharien; cette façon d'aider nous va droit au coeur ; vive votre site !

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