On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Pour sa quatrième édition, La Cité des Livres accueillait une voix bien connue des auditeurs de la matinale de France Inter, celle de Thomas Legrand. L’éditorialiste politique était invité à débattre de son livre, Ce n’est rien qu’un président qui nous fait perdre du temps (Stock/ Parti Pris), en présence de Laurent Bouvet, coresponsable des pôles Science Politique et Université&Recherche de nonfiction.fr, et de Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès.
Ce n’est rien…
La discussion, qui s’étendit sur plus d'une heure et demie, mit en perspective la thèse centrale du livre de Thomas Legrand, selon laquelle les Français feraient face à un président banalement de droite qui ne tient absolument pas ses promesses de rupture. Elle s’adresse à la fois aux sarkozystes fidèles et aux antisarkozystes forcenés puisqu’il s’agit pour Thomas Legrand d’affirmer que la politique de Nicolas Sarkozy n’est ni une "rupture", ni "une dictature" .
Thomas Legrand a pris deux exemples pour étayer ce point de vue original. D’abord, celui de la loi sur le service minimum. Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait abordé le sujet du droit de grève, en laissant entendre qu’il était indispensable qu’aux heures de pointe, les transports en commun fonctionnent. Or, outre que le "service minimum" recouvre une notion juridique précise, le projet de loi soumis au vote du Parlement était une loi de prévention des conflits inspirée selon Thomas Legrand d’idées anciennes, de "type CFDT". Cette loi ne correspond absolument pas à un "service minimum", ce sont simplement les députés UMP qui ont commencé à l’appeler ainsi, et l’opposition serait tombée dans leur piège rhétorique en s’y opposant avec virulence. Pour Thomas Legrand, les socialistes auraient mieux fait de dénoncer l’écart déjà patent entre les discours et les actes du président de la République plutôt que de cautionner l'idéologie de la réforme et du volontarisme politique en s’opposant systématiquement aux projets de lois de la majorité. Tout le monde se retrouvait là dans "un rôle caricatural". Il suffit donc qu’il y ait "une bonne campagne de com’, une bonne opposition pavlovienne, et le tour est joué !". Et puisque l’attitude de Nicolas Sarkozy est vite exaspérante, il devient facile de s’y opposer.
De même, en matière de politique d’immigration, Thomas Legrand considère que ce sont surtout les discours qui sont "assez scandaleux". Les chiffres de reconduite à la frontière sont passés approximativement de 15 000 sous le gouvernement Jospin à 20 000 sous le deuxième mandat de Chirac jusqu’à 30 000 aujourd’hui. Et dans ces derniers chiffres, il faut compter la reconduite d’environ 8 000 roumains qui partent suite à des accords entre Etats, et reviennent souvent par d’autres moyens. A côté de cela, les préfets régularisent des sans-papiers de façon normale. Par conséquent, le discours de Sarkozy aurait pour effet principal de renflouer les rangs de Réseau Education Sans Frontières (RESF).
…si ce n’est de la communication
Thomas Legrand voit donc le président Sarkozy comme "un roi de la com’ ", "un Chirac en sueur", qui gouverne comme ses prédécesseurs, en favorisant ses réseaux, et en entravant la fluidité et la transparence dont il se réclame. Le problème démocratique que cela pose est qu’il n’y a pas de situation de dialogue entre le président et ses électeurs.
Néanmoins, comme le rappelait Laurent Bouvet, la campagne de Nicolas Sarkozy incarnait quelque chose de plus large que la droite traditionnelle. Il avait réussi à adresser un discours à toute une nation. Lorsque l’on constate qu’il met en œuvre "une politique de représentation et de classe" et que l’on mesure le niveau de déception des Français, peut-on vraiment dire que Nicolas Sarkozy ne réalise rien ? Thomas Legrand reconnaît dans cette déception un constat d’échec par rapport à un retour momentané du politique. Si l’élection présidentielle avait incité nombre d’électeurs à se déplacer, c’est parce que le discours de Nicolas Sarkozy avait réussi à toucher le peuple directement et joué de cette veine populiste. Cependant, sa politique, symbolisée par le bouclier fiscal, "le dernier dogme sarkozyste encore debout", n’est rien d’autre qu’une politique de droite classique aux yeux de Thomas Legrand. Il pense que le bouclier fiscal sera abandonné, après les propos de François Baroin, ministre du Budget, dimanche dernier sur France 5, assurant que "le bouclier fiscal n’est plus qu’une feuille de vigne fiscale".
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Anonyme
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