Une usine allemande sous le Troisième Reich
[jeudi 15 avril 2010 - 19:00]
Histoire
Au coeur de l'IG Farben : L'usine chimique de Hoechst sous le Troisième Reich
Stephan H. Lindner
Éditeur : Belles Lettres
C’est pourtant autour de cette assertion qu’un historien distingué comme Lindner pourrait mener l’enquête, montrant, preuves à l’appui, comment la logique capitaliste (pour faire simple, la recherche du profit maximal), peut, dans certains cas, s’accommoder des régimes autoritaires ou totalitaires. Un film comme
La Question humaine (Nicolas Klotz, 2007) traitait précisément de ces questions. Bien entendu, une telle référence n’aurait pas sa place dans une monographie sur l’usine Hoechst mais, puisque ce livre a été initialement publié en 2005, et déjà traduit en anglais, on aurait pu s’attendre à ce que l’auteur prenne tout de même en considération les sources françaises, et ce d’autant plus qu’il est présenté comme un francophone ayant travaillé avec le traducteur Hervé Joly, chercheur au CNRS, qui a également étudié ces questions liées à l’histoire des entreprises.
Le lecteur francophone sera peut-être étonné de ne pas trouver de commentaires des travaux de Jean-Philippe Massoubre, qui a publié une
Histoire de l'IG Farben (1905 - 1952), par exemple (L’Harmattan, 2008). Plus ennuyeux encore, aucune mention n’est faite de la polémique suscitée par les travaux de l’historienne Annie Lacroix-Riz. Cette dernière, auteure de
Industriels et banquiers français sous l'Occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy (Armand Colin, 1999), a fait l’objet d’attaques véhémentes dans la presse lorsqu’elle a montré que du zyklon B avait été fabriqué en France. Le traducteur du livre de
Stephan Lindner avait du reste pris position dans cette polémique.
La question des réparations
Enfin, la brièveté de la dernière section de l’ouvrage, comparée aux trois premières, peut également surprendre. Alors que l’auteur nous présente une histoire détaillée et souvent passionnante de l’usine Hoechst, lorsqu’il en vient à la période d’après-guerre, "Les années d’après-guerre : la gestion du passé", il se fait beaucoup plus évasif. Il se dispense même de conclusion, ce qu’il est permis de regretter. Le livre de la coordination pour le dédommagement des victimes du travail forcé d’IG Farben, IG Farben. Von Anilin bis Zwangsarbeit, n’est même pas mentionné (Schmetterling Verlag, 2001).
Ces lacunes suscitent immanquablement des interrogations en rapport avec le financement des recherches à l’origine de ce livre. Il est tout à l’honneur de Hoechst d’avoir souhaité que son attitude sous le Troisième Reich soit étudiée, mais comment s’assurer de l’indépendance de l’historien chargé de cette tâche ? Quelles que soient ses qualités, le livre de Stephan H. Lindner ne peut pas ne pas nous interroger sur le travail de l’historien et sur son rapport à la demande sociale
3 commentaires
mao
Anonyme
par David ROSNER et Gerald MARKOWITZ, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2009/01 - Volume 56
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RHMC_561_0227
Dès l'aurore
Juste pour préciser que le film de M. Klotz est fidèlement inspiré du livre de François Emmanuel.