Rédacteur

Critique à nonfiction.fr/ étudiant

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Au cœur des ténèbres...
[samedi 10 avril 2010 - 19:00]
Russie
Couverture ouvrage
Tchétchénie, An III
Jonathan Littell
Éditeur : Gallimard
141 pages / 5.80 € sur
Résumé : L’horreur commune de la Tchétchénie d’aujourd’hui vue par un très bon Jonathan Littell.
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Récemment, en 2009, Jonathan Littell, l’auteur du roman prix Goncourt Les Bienveillantes, a publié un étonnant ouvrage sur la Tchétchénie. Écrit au printemps 2009 suite à un séjour dans cette République troublée du Caucase Nord et des entretiens menés en Russie et en Europe, Tchétchénie, An III revient sur le surréalisme de l’actualité tchétchène, sur l’horreur d’un lieu qui semble exister en-dehors de la Russie "réelle" qu’il ne frôle que brièvement au détour d’un attentat suicide. Evidemment le livre est antérieur aux évènements qui se sont produits dans le métro de Moscou en mars 2010, pourtant, Littell évoque une Tchétchénie féodale, centrée et organisée autour d’un seul homme – Ramzan Kadyrov ; ses esquisses, ses portraits et ses tableaux de la réalité tchétchène apparaissent plus valides que jamais. 

Depuis 2004, le centre fédéral moscovite a mis l’accent sur la normalisation de la situation en Tchétchénie, sur le redressement économique et finalement sur la "tchétchénisation" des élites et des forces de l’ordre dans la République. L’idée est évidemment de sortir la Tchétchénie de l’actualité, d’accentuer le fait que bientôt elle ne représentera qu’une République parmi d’autres, de faire oublier que la promesse d’une victoire en Tchétchénie était ce qui avait porté Vladimir Poutine au pouvoir en 1999-2000. Aujourd’hui, effectivement, la République va "mieux", Groznyï, la capitale, a été largement reconstruite et un commerce illégal, fait de pots-de-vin et de crimes organisés, permet de faire circuler l’argent. Ce phénomène des "circuits de financement publique extrabudgétaires" est parfaitement décrit par Littell en ce qu’il représente une "forme de taxation parallèle". Alors que la corruption dans la République est endémique au point qu’elle constitue une norme et non plus une exception, "une partie de l’argent qu’il [Ramzan] brasse, détourne ou extorque lui sert à construire des choses qui servent aux habitants de son royaume : des routes, des écoles, d’autres infrastructures encore"  . La Tchétchénie est aussi et surtout son projet personnel, son fief qu’il aimerait voir soumis et prospère.

Ces dernières années, le conflit armé a baissé d’intensité en Tchétchénie. La rébellion est de plus en plus localisée et le nombre de gens qui "partent vers la forêt" – comprendre : rejoignent les bandes armées – se réduit. Pourtant, le nom même de Tchétchénie est devenu un quasi générique – un terme qui parle à l’observateur extérieur alors que le problème, comme le note Littell, tend progressivement à se déplacer vers d’autres républiques du Caucase nord – le Daghestan et l’Ingouchie en premier lieu  .

Titre du livre : Tchétchénie, An III
Auteur : Jonathan Littell
Éditeur : Gallimard
Collection : folio documents
Date de publication : 26/11/09
N° ISBN : 2070436985
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