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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.

Or, un tel rapprochement entre Dieu et l’homme ne peut que favoriser le surgissement d’une violence parfois inouïe : l’épisode de la ligature d’Isaac est à ce titre très révélateur. Même si ce sacrifice ne s’effectue pas, la tension qui traverse ce texte reste proprement insoutenable d’autant plus que les raisons qui motivent le sacrifice imposé par Dieu restent obscures. On peut bien sûr légitimement voir dans cette séquence une mise à l’épreuve de la foi abrahamique mais encore une fois, c’est probablement le contexte historique de l’exil qui permet d’éclairer au plus juste l’enjeu du texte : Gn 22 met en scène, comme dans un jeu de miroirs, le Dieu obscur qui a choisi, de manière inexpliquée, d’asseoir la suprématie babylonienne et de consacrer par là même la défaite israélienne. Dans une même perspective, le chapitre 3 (Dieu est-il despote et guerrier ?) souligne combien l’image d’un Dieu guerrier propre au Deutéronome ou au livre de Josué dépend de l’idéologie assyrienne en présentant Yahvé comme un suzerain assyrien. Ce serait toutefois se méprendre que de considérer "le Dieu guerrier comme une référence unilatérale", puisque le livre de la Genèse, en mettant en scène un Dieu qui refuse les sacrifices humains, propose précisément une image antimilitariste du Tout-puissant. En fait, et c’est là l’un des grands mérites du livre, l’auteur nous invite constamment à dépasser nos conceptions sclérosées ou systématiques du Dieu de l’Ancien Testament pour souligner la grande diversité des textes vétérotestamentaires.
Dans cette perspective, le chapitre consacré au péché et à la sexualité (ajouté dans cette nouvelle édition) se révèle passionnant : l’auteur nous explique comment le récit de la chute en Gn marque davantage l’exercice d’une pleine liberté chez l’homme que le poids d’un péché. Désobéir à Dieu permet en fait à "l’homme d’asseoir sa liberté, en transgressant son commandement ". Or, c’est précisément cette liberté qui le conduira à l’autonomie sexuelle (en l’affranchissant du cycle de la reproduction) mais aussi, on le sait, à la mortalité. On comprend dès lors combien le discours de l’Eglise, initié par Paul, selon lequel la sexualité serait intimement liée au péché, témoigne d’un aveuglement herméneutique : la sexualité, abusivement associée à la nudité (" et ils connurent qu’ils étaient nus ", Gn 3, 7), n’est pas la conséquence de la désobéissance divine mais plutôt l’expression d’un plein accès à l’humanité : en effet, prendre conscience de sa nudité, c’est avant tout s’arracher à l’ordre naturel, se dé-naturer pour dépasser la dimension purement biologique de l’homme au profit de la dimension culturelle. Ainsi, comment ne pas voir, du livre de la Genèse à celui du Cantique des Cantiques, comme l’expression d’un cheminement qui mène l’homme de la découverte de la sexualité à celle du plein épanouissement érotique, véritable hymne à la liberté et au plaisir ?
Les multiples visages du Dieu vétérotestamentaire
Cette liberté de l’homme resurgit lorsqu’on considère le problème de la violence divine dans l’Ancien Testament. Un lecteur, désireux de montrer que le Dieu vétérotestamentaire est intrinsèquement violent et militariste, pourra toujours trouver des textes qui appuient son argumentation. Citons à titre d’exemple le Psaume 136 : "Louez Yahvé, car il est bon et sa fidélité est pour toujours […] / Il a frappé de grands rois car sa fidélité est pour toujours ; / Il a tué des rois superbes car sa fidélité est pour toujours." (v. 1.17-18) ou encore le Psaume 58 : "Dieu ! Casse-leur les dents dans la gueule ! […] le juste se réjouira en voyant la vengeance : il lavera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront : 'Oui, le juste fructifie ; oui, il y a un Dieu qui juge sur la terre' " (v. 7.11-12). Par delà l’incontestable violence verbale qui traverse ces textes, ce qui se joue ici, c’est bien la possibilité d’une justice divine, certes sans pitié, mais dont la nécessité théologique semble évidente.
8 commentaires
Sylvain Reboul
Je ne comprends rien à cette affirmation:
1) Vous n'avez de cesse de proclamer que Dieu, dans son ambivalence même , est à l'image transcendée de l'homme
2) Or cette image transcendée est justement responsable du littéralisme qui précisément interdit l'entendement critique complexe par la soumission aveugle qu'il exige du croyant qui ne doit pas comprendre par lui-même afin d'agir dans le sens toujours présenté comme unilatéral du texte sacré
3) Donc ce n'est pas par une insuffisance de l'entendement critique face à la transcendance, mais la démission de celle-là devant celle-qui est une des causes de la violence liberticide des religions.
S.Briand
un des noms du Livre
Est-il bien certain que T.Römer parle, lui, de défaite \"israélienne\" ? Cet adjectif pour l\'Israel des temps bibliques n\'est pas très approprié !