On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En 2000, Groensteen organise l’exposition intitulée Les Maîtres de la bande dessinée européenne au sein du “saint-temple” du livre, la BNF. Outre à des raisons extérieures, il impute son échec au manque de curiosité des personnes concernées par le médium, à la désaffection intellectuelle, à la peur de la récupération par l’autorité. Cette troisième exposition nationale devait pourtant signifier la maturité du neuvième art. Par ailleurs, l’auteur souligne le manque de visibilité dans les médias. Hormis Angoulême, quelques chroniques papier-radio apparaissent, mais souvent au second plan. Paradoxalement, tandis que le nombre de livres augmente, la presse critique diminue. Dorénavant, les études approfondies se trouvent sur le Net (www.Du9.org). Des raisons, Groensteen en trouve. Bien que l’on parle davantage de bande dessinée, la préférence se traduit par un “suivisme des rédacteurs en chefs, des chefs de rubrique et journalistes” dont profitent quelques rares auteurs. Entre les poids lourds (Titeuf, Largo Winch) reconnus comme des phénomènes économiques et l’avis d’une certaine presse de la capitale à la recherche du nouveau talent, la grande majorité des albums sortent en silence et remplissent les bacs.
Quant à la critique spécialisée, la revue 9e art publiée par le CNBDI poursuit le travail entamé dans Les Cahiers de la bande dessinée. En marge, des revues sporadiques comme L’Éprouvette ou Comix Club témoignent de l’actualité des maisons d’éditions alternatives. Au sein de l’université, une critique savante, éclatée en divers supports (essais, articles) se retrouve autour de l’image pour appréhender le médium à travers de nouveaux domaines (histoire, sociologie, ethnographie, esthétique).
Dans un final revigorant, Groensteen affirme que la bande dessinée reste un objet culturel mal identifié pour l’ensemble de la société. Il condamne plus largement le manque généralisé d’imagination, parmi les faiseurs comme chez les receveurs, et critique la culture du divertissement “nouveau paradigme culturel” qui fait l’éloge du sensationnel et du virtuel. Auparavant je pense, dorénavant je suis, télégénique de préférence. En fait : “Si l’on admet que ces formes d’expression sont à égalité de dignité du moment que les œuvres sont de premier ordre, et que toute tentative pour établir une hiérarchie entre Stevenson et Hergé… est inepte, alors on conclut forcément que les catégories du majeur et du mineur traversent les formes artistiques plutôt qu’elles les distinguent les unes des autres.” Tout à fait Thierry![]()
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