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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Les faces cachées d'une modernité
[samedi 27 février 2010 - 05:00]
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Néanmoins, si la substitution progressive du travail des actifs familiaux agricoles par le travail salarié offre une grande diversité de métiers et de statuts ouvrant la voix à la professionnalisation et à l’insertion d’un public de plus en plus large, nul ne peut nier les recompositions des liens sociaux à la campagne. Le délitement des sociabilités villageoises témoigne de mondes ruraux atomisés. Même à la campagne, les relations libres et affranchies prennent le pas sur les formes traditionnelles du lien social! Les exploitations familiales, définies par l'engagement de tous les membres de la famille dans la mise en valeur de l'exploitation, régressent au profit des exploitations individuelles pour lesquelles seul le chef de famille est actif agricole. Ainsi, les agriculteurs apparaissent de plus en plus seuls dans l’exercice de leur profession. La nouvelle donne agricole repose aussi sur la situation d’isolement et de vie solitaire vécue par bon nombre de jeunes agriculteurs et salariés de l’agriculture. Près du tiers des hommes chefs d’exploitation affrontent seuls les difficultés qu’ils rencontrent sur leurs exploitations. Cette situation est plus que jamais préoccupante.


L’isolement social dont sont victimes certains agriculteurs et ruraux se double aussi d’un phénomène de précarisation. A côté des 78 678 retraités de l’agriculture bénéficiaires du minimum vieillesse, coexistent des actifs agricoles (salariés et exploitants) également concernés par de nouvelles formes de précarité. N’oublions pas que ce ne sont pas moins de 24 000 ressortissants agricoles qui bénéficient des prestations liées à des situations de précarité et que beaucoup reste encore à faire en faveur d'un emploi féminin non reconnu touché lui aussi par une très grande précarité.
Comme le soulignent Dominique Jacques-Jouvenot et Jean-Jacques Laplante, dans leur très bel ouvrage consacré à la santé au travail en agriculture  , pas moins de 22% des exploitants agricoles peuvent être considérés comme des travailleurs pauvres. Ils ne sont que 14% parmi les autres catégories de travailleurs indépendants.
La France comme d’autres pays d’Europe occidentale voit émerger de nouvelles formes d’agriculture de subsistance ou de relégation. La "survie" est le lot de nombreux producteurs et salariés agricoles qui demeurent encore les grands "invisibles" de l’appareil statistique agricole.
A ces situations de précarisation et de non reconnaissance s’ajoutent également des conditions d’acquisition du foncier moins favorables. Les jeunes agriculteurs et les salariés agricoles sont les premières victimes de la raréfaction de l’offre immobilière locative et vénale à la campagne. Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au Brésil pour trouver de jeunes paysans "sans terre".

La flexibilité, la mixité et l’ouverture dont témoignent les métiers agricoles imposent donc que l’offre d’accompagnement dans le processus d’insertion soit garantie.
Alimentant de nombreux imaginaires, les territoires ruraux ne pourront rien à eux seuls face à l’exclusion urbaine et la précarisation des leurs. De nombreuses actions d’insertion de personnes en difficulté existent et méritent d’être encouragées. Cependant les mondes agricoles n’offriront pleinement un vivier d’emplois que si les appareils de représentations professionnelles, les établissements de formation et les pouvoirs publics sont associés conjointement à de nouveaux dispositifs d’insertion permettant de mieux gérer et sécuriser une mobilité et une pratique professionnelle ne devant plus être synonyme d’isolement. Dans de tels dispositifs, les agriculteurs peuvent offrir un solide réseau d’organisations susceptibles d’orienter des individus fragilisés. 
Nul doute qu’à condition d’en faire l’un des enjeux de sa propre modernité, la Profession agricole à travers son maillage mutualiste, coopératif et syndical est en mesure d’offrir, à tous ceux qui en ont été privés, une participation à l’échange social. C’est à cette condition que les agriculteurs pourront eux aussi contribuer à la lutte contre l’exclusion et peut être ainsi renouer un dialogue positif avec le reste de la société. Il s’agit bien là d’un chantier prioritaire pour une politique qui ne doit plus occulter l’éclatement des mondes agricoles mais les accompagner dans leur diversité.



 

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4 commentaires

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jeanpierre

01/05/10 15:11
Il existe encore des entraides réelles entre agriculteurs: pour l'achat, en commun de semences, de matériel aratoire, de tracteurs et pour la construction d'aires couvertes de stockage de produits pour la vente directe aux consommateurs des agglomérations tr ès peuplées. Et cela devient de plus plus important. Il est dommage que cette démarche de la vente hors des quatre centres d'achat de la grande distribution n'ait pas été favorisée beaucoup plus tôt. La course au gigantisme des exploitation pour la survie aurait empêché la disparition de nombre de fermes.
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titi

28/02/10 10:19
cela change des images d'Epinal sur le monde paysan et l'ordre immuable des choses.
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Rédaction@310349

27/02/10 15:15
Cher lecteur,

Merci pour ce commentaire. L'article est bel et bien signé par François Purseigle !
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310349

27/02/10 11:10
Un excellent article qui mériterait d'être publié dans la presse nationale et d'être signé !

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