On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
L’isolement social dont sont victimes certains agriculteurs et ruraux se double aussi d’un phénomène de précarisation. A côté des 78 678 retraités de l’agriculture bénéficiaires du minimum vieillesse, coexistent des actifs agricoles (salariés et exploitants) également concernés par de nouvelles formes de précarité. N’oublions pas que ce ne sont pas moins de 24 000 ressortissants agricoles qui bénéficient des prestations liées à des situations de précarité et que beaucoup reste encore à faire en faveur d'un emploi féminin non reconnu touché lui aussi par une très grande précarité.
Comme le soulignent Dominique Jacques-Jouvenot et Jean-Jacques Laplante, dans leur très bel ouvrage consacré à la santé au travail en agriculture , pas moins de 22% des exploitants agricoles peuvent être considérés comme des travailleurs pauvres. Ils ne sont que 14% parmi les autres catégories de travailleurs indépendants.
La France comme d’autres pays d’Europe occidentale voit émerger de nouvelles formes d’agriculture de subsistance ou de relégation. La "survie" est le lot de nombreux producteurs et salariés agricoles qui demeurent encore les grands "invisibles" de l’appareil statistique agricole.
A ces situations de précarisation et de non reconnaissance s’ajoutent également des conditions d’acquisition du foncier moins favorables. Les jeunes agriculteurs et les salariés agricoles sont les premières victimes de la raréfaction de l’offre immobilière locative et vénale à la campagne. Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au Brésil pour trouver de jeunes paysans "sans terre".
La flexibilité, la mixité et l’ouverture dont témoignent les métiers agricoles imposent donc que l’offre d’accompagnement dans le processus d’insertion soit garantie.
Alimentant de nombreux imaginaires, les territoires ruraux ne pourront rien à eux seuls face à l’exclusion urbaine et la précarisation des leurs. De nombreuses actions d’insertion de personnes en difficulté existent et méritent d’être encouragées. Cependant les mondes agricoles n’offriront pleinement un vivier d’emplois que si les appareils de représentations professionnelles, les établissements de formation et les pouvoirs publics sont associés conjointement à de nouveaux dispositifs d’insertion permettant de mieux gérer et sécuriser une mobilité et une pratique professionnelle ne devant plus être synonyme d’isolement. Dans de tels dispositifs, les agriculteurs peuvent offrir un solide réseau d’organisations susceptibles d’orienter des individus fragilisés.
Nul doute qu’à condition d’en faire l’un des enjeux de sa propre modernité, la Profession agricole à travers son maillage mutualiste, coopératif et syndical est en mesure d’offrir, à tous ceux qui en ont été privés, une participation à l’échange social. C’est à cette condition que les agriculteurs pourront eux aussi contribuer à la lutte contre l’exclusion et peut être ainsi renouer un dialogue positif avec le reste de la société. Il s’agit bien là d’un chantier prioritaire pour une politique qui ne doit plus occulter l’éclatement des mondes agricoles mais les accompagner dans leur diversité![]()
4 commentaires
jeanpierre
titi
Rédaction@310349
Merci pour ce commentaire. L'article est bel et bien signé par François Purseigle !
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