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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Le statut du corps humain en question
[lundi 22 février 2010 - 10:00]
Bioéthique, génétique, biologie.
Couverture ouvrage
Ni chose, ni personne. Le corps humain en question
Bernard Edelman
Éditeur : Hermann
144 pages / 19 € sur
Résumé : Bernard Edelman propose une lecture à la fois juridique et philosophique du statut particulier réservé au corps humain, en se posant la question de la propriété du corps, et de la particularité de l'embryon et du cadavre.
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Mais la question du droit de propriété de la personne sur ses cellules ne pouvait être abordée sans référence à la fameuse affaire Moore, qui avait déjà donné lieu à un article du même auteur , et à l’occasion de laquelle la cour suprême de Californie avait considéré que le requérant était bien propriétaire de ses cellules, ce qui lui ouvrait le droit à une partie des bénéfices que leur exploitation pouvait produire. Ce droit de propriété est toutefois rattaché à la personnalité, et présenté comme un moyen de protection de l’intégrité de celle-ci. Après ce tour d’horizon des solutions du droit américain, l’auteur revient au droit français pour constater que, à l’inverse des juges californiens, le législateur, le juge, le juriste français ne qualifient pas ce rapport juridique de la personne à son corps. S’ils ont commencé par proclamer les principes de respect et de dignité du corps humain, s’ils ont voulu le soustraire aux lois du marché, ils en sont aujourd’hui réduits à organiser la régulation des échanges de produits et d’éléments du corps. L’auteur en conclut que "nous sommes devenus des chimères d’un nouveau genre, des chimères auto-produites selon des processus qui ne valaient, jusqu’alors, que pour les choses" . C’est ensuite la question du statut du corps avant la naissance et après la mort qui est abordée.
 
L’embryon et le cadavre
 
C’est ici en droit français que l’analyse est menée, et elle part du constat que le choix entre les qualifications de chose et de personne est encore moins tranché. L’embryon n’est pas une personne, mais il peut en devenir une. Le cadavre est une chose, mais il a été une personne. Dans ses développements consacrés à l’embryon, l’auteur expose l’état du droit. Il reprend les décisions relatives à l’embryon in vitro, prises par le Conseil constitutionnel et les juridictions administratives, qui refusent de reconnaître la personnalité de l’embryon . Il présente la position de la chambre criminelle de la Cour de cassation, qui refuse de considérer l’embryon in vivo comme une personne. Il commente enfin la façon dont l’état civil fait une place à l’enfant sans vie. Ces développements ne relèvent pas véritablement de l’analyse juridique, déjà conduite par de nombreux auteurs, mais de la synthèse. Il commente la place faite à l’embryon et au fœtus par notre droit, et en pointe les contradictions. Les développements relatifs au cadavre sont bien plus riches. La réflexion se fait alors plus philosophique. L’auteur montre comment les pouvoirs qui s’exercent concurremment sur le corps prennent alternativement le dessus avant et après la mort. Il revient sur les solutions adoptées en matière de transsexualisme et de pratiques sadomasochistes, et en matière de liberté funéraire, pour faire apparaître que si, pendant la vie de la personne, sa raison, sa liberté, sont toutes puissantes, après sa mort, l’Etat se saisit des corps et, au nom de l’ordre public, vient à l’emporter. C’est sans doute là que le pouvoir de la volonté sur le corps, son étendue et ses limites, sont analysés le plus en profondeur.
 
Ainsi, ce n’est pas tant sur le plan juridique que cet ouvrage est riche, en ce qu’il vise principalement à recenser les décisions ou dispositions les plus signifiantes. Le non-juriste y trouvera ce qu’il est intéressant de connaître, le juriste y trouvera ce qu’il connaît déjà. Cet ouvrage vise à comprendre bien plus qu’à apprendre. Le corps humain n’est bien ni chose, ni personne, mais à la lecture de cet essai, on comprend un peu mieux pourquoi. On comprend mieux aussi les conséquences de l’absence de réponse juridique à la question de la qualification du corps, et l’influence que le droit et les représentations symboliques exercent l’un sur l’autre. On saisit alors l’impuissance du droit à répondre aux questions auxquelles la société elle-même ne répond pas, et l’on en est sans doute moins enclin à le blâmer.

 

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