On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Mais aussi parce qu’il n’y a pas d’abîme séparant le « formel » et le « substantiel ». Si les critiques avaient tiqué sur le désormais célèbre auteur Hali-baba-carnasse, ils auraient facilement découvert, de fil en aiguille, que 1’« auteur » tire son « érudition éblouissante » du Bailly (excellent dictionnaire pour les terminales des lycées, mais pas pour une enquête sur la culture grecque) et que les âneries qu’il raconte sur l’absence de « conscience » en Grèce tombent déjà devant cette phrase de Ménandre : « Pour les mortels, la conscience est dieu. » S’ils avaient tiqué devant la « mise à mort du Dieu » par Robespierre, ils auraient peut-être plus facilement vu ce qui est gros comme une maison : que 1’« auteur » falsifie les faits pour lier athéisme et Terreur, et brouiller l’évidence historique massive montrant que les « monothéismes » ont été, infiniment plus que les autres croyances, sources de guerres saintes, d’extermination des allodoxes, complices des pouvoirs les plus oppressifs ; et qu’ils ont, dans deux cas et demi sur trois, explicitement réclamé ou essayé d’imposer la confusion du religieux et du politique.
Si la critique continue à abdiquer sa fonction, les autres intellectuels et écrivains auront le devoir de la remplacer. Cette tâche devient maintenant une tâche éthique et politique. Que cette camelote doive passer de mode, c’est certain : elle est, comme tous les produits contemporains, à obsolescence incorporée. Mais le système dans et par lequel il y a ces camelotes doit être combattu dans chacune de ses manifestations. Nous avons à lutter pour la préservation d’un authentique espace public de pensée contre les pouvoirs de l’État, mais aussi contre le bluff, la démagogie et la prostitution de l’esprit.
Cornelius Castoriadis
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A lire aussi sur nonfiction.fr :
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- Daniel Bensaïd, Un nouveau théologien : Bernard-Henri Lévy, par Roman Abreu.
9 commentaires
Liseron
Je me souviens d'un papier de Louis Pinto qui analysait les éloges de Foucault à certains livres de Glucksmann.
Plus récemment, c'est Michael Christofferson qui s'y collait, dans Le Diplo: http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/CHRISTOFFERSON/18219
Il y a parfois d'étranges jeux de balancier ...
hors-champ
Je me permettrais toutefois une remarque sur une phrase du texte de Castoriadis, phrase que voici :
"Quoi qu’ils fassent, les critiques français qui ont porté aux nues toutes ces années les vedettes successives de l’idéologie française resteront à jamais devant l’histoire avec leur bonnet d’âne."
Il est certes facile et de saison d'accabler Bernard-Lévy pour sa posture médiatique, mais l'est-ce autant que de critiquer "les vedettes successives de l'idéologie française" ? Qui connaît un peu (très peu dans mon cas) l'oeuvre de Castoriadis sait, ou devrait savoir, que ceux qui sont ainsi visés par l'auteur de "L'institution imaginaire de la société" se nomment Derrida, Deleuze, Foucault... Alors la question se pose, et pourquoi pas à nonfiction.fr : les critiques ont-ils abandonné leur bonnet d'âne ? Cordialement.
Slap
Force est de constater que la présence continue de BHL dans le paysage médiatique et intellectuel français est bien le signe de cet appauvrissement toujours plus inquiétant d'une "fonction critique"...
Merci à Nonfiction de relancer le débat !
Liseron
Comment oublier l'art de l'insulte, si facile chez BHL, qui accusait Pierre Vidal-Naquet d'avoir "peut-être invent[é] un genre inédit dans la République des Lettres : le rapport de police philosophique" ?
Bourdieu a eu droit aussi à son "stalinien recuit".