On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le pouvoir érotique de l’image
Les dangers liés aux femmes amoureuses sont donc multiples. La sensualité féminine est souvent peinte en guise de dénonciation : combien de Vénus doit-on à Titien, à Giorgione, et à tant d’autres ? Combien de Danaé (enfermée par son père dans une tour car celui-ci fut mis en garde par un oracle qui lui prédit la mort de la main même de son petit-fils ; Zeus se transforme alors en fine pluie d’or pour s’accoupler avec la captive Danaé) ? Combien de Calypso ?
Un anathème est jeté sur les femmes-malédictions, telles que Ève ou Pandore (associées toutes deux par Jean Cousin, dit le Père). Mais L. Adler et É. Lécosse s’empressent aussitôt de remarquer : “C’est là toute l’ambiguïté des représentations d’Ève qui mettent en scène une femme dangereuse, mais qui comportent elles-mêmes un danger : celui du pouvoir érotique de l’image.” Peindre pour dénoncer, peut-être, mais aussi et surtout peindre pour la beauté des yeux, peindre la grâce d’un corps dénudé, quelque dangereux qu’il soit…
Certaines femmes sont tout de même plus dangereuses que d’autres : Circé la magicienne, l’impitoyable Salomé, la femme de Putiphar qui fait emprisonner Joseph parce qu’il ne cède pas à ses avances, Dalila… Et certaines femmes sont plus dangereuses pour leurs consœurs que pour les hommes qu’elles aiment : je veux parler de Junon, dont la terrible jalousie prit pour cible les amantes de son inconstant de mari, Zeus.
Il en est d’autres qui sont victimes des hommes, et abandonnées par eux : pauvre Ariane sur son rocher de Naxos abandonnée par l’homme même qu’elle a sauvé ; pauvre Didon, esseulée après le départ d’Énée ; patiente Pénélope, délaissée depuis tant d’années par Ulysse, et Calypso non moins délaissée par l’ingénieux héros à qui elle avait pourtant promis l’immortalité. Certaines femmes amoureuses meurent d’amour telles Francesca da Rimini ou bien Cléopâtre (bien après, il est vrai, avoir laissé se suicider Antoine en lui faisant croire qu’elle était morte).
Un désir féminin plus mystérieux que celui de l’homme
“Le désir de la femme a toujours été perçu, et sous toutes les latitudes, plus fort, plus ensorcelant, plus mystérieux que le désir des hommes” écrit L. Adler. Pourquoi ? Peut-être en raison de l’invisibilité du désir féminin – avec ce que cela comporte de simulation : “Une femme qui bande, ça existe, bien sûr, mais ça ne se voit guère. Un homme qui a une érection, ça se voit. Une femme qui mouille peut, si elle le souhaite, continuer à mouiller sans que personne ne s’en aperçoive. La force de l’amour sexuel féminin demeure cachée.” Là est sans doute le vrai danger.
L. Adler et É. Lécosse évoquent nombre de femmes qui assument leurs désirs (comme Catherine Millet en quête de soi), ou bien qui sont ménopausées (“sujet gênant, tabou, censuré dans l’histoire du rapport entre les sexes”), des femmes à “cœur d’homme” comme Louise Bourgeois, des femmes amoureuses de Dieu comme d’un être de chair à l’instar de Thérèse d’Avila.
Elles évoquent également les femmes fatales qui sont aussi des victimes : Rita Hayworth (manipulée successivement par son père et ses maris) ou encore Marilyn Monroe, pour qui le danger se retourne contre elles![]()
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E. Panorthotès