Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Coopération économique et réindustrialisation au Nord
[lundi 15 février 2010 - 05:00]
Economie
Couverture ouvrage
Sorties de crise. Ce qu'on ne nous dit pas. Ce qui nous attend
Patrick Artus, Olivier Pastré
Éditeur : Perrin
330 pages / 17,10 € sur
Résumé : Un ouvrage qui donne une vision un peu décapante sur la crise et, en tout cas, fait réfléchir.
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Les auteurs jugent moins sévèrement la stabilisation, décidée par les autorités chinoises en juin 2008, du yuan par rapport au dollar (à un niveau dont tout le monde s’entend pour dire qu’il est trop bas), dont ils expliquent qu’elle permet aux États-Unis de mener une politique très expansionniste sans courir le risque de voir le dollar chuter brutalement. Ce qui favorise également la zone euro, le raisonnement reposant ici sur le fait que les productions de ces pays et les importations depuis la Chine sont aujourd’hui peu substituables .
On notera également parmi les choses qu’il ne faut pas dire, selon les auteurs, qu’on risquerait l’éclatement de la zone euro . Et parmi les choses qu’il ne faut pas faire : une relance par la demande des ménages, qui n’aurait de toute façon que des effets limités, car les marges de manœuvre budgétaires sont désormais faibles .

La dernière partie est alors un plaidoyer en faveur de la coopération internationale pour faire face à la crise, dans les différents domaines : monétaire, budgétaire, industriel, commercial et social, qui devrait notamment conduire à investir plus au Nord et à consommer plus au Sud. Les auteurs y font de nombreuses propositions (une vingtaine qu’ils récapitulent pour le lecteur à la fin du livre) comme d’inciter les banques centrales à rendre leur politique monétaire contra-cyclique, de renforcer l’axe franco-allemand en matière de coopération budgétaire, de donner une priorité absolue à l’investissement dans les pays du Nord, tout en mettant en place une politique sociale qui permette d’en atténuer les effets pour les salariés, etc.

Les raisonnements sont, la plupart du temps, rapides et tranchés, en l’absence notamment d’évaluation quantitative, qui surprend un peu s’agissant d’un livre d’économie. Mais la thèse principale que la solution à la crise devrait passer par une relance des investissements au Nord et une série de mesures visant à limiter la montée des antagonismes au sujet des délocalisations, des transferts de technologies, de l’accès aux matières premières ou encore de la protection sociale entre les grandes régions du monde est assez convaincante . Accessoirement, cela consiste à prendre exactement le contre-pied du protectionnisme, ce qui permet de comprendre le rôle de repoussoir absolu que lui font jouer les auteurs.

 

 

A lire aussi sur nonfiction.fr :

- Jacques Attali, Survivre aux crises, par Vincent Jacob.

- Guy Verhofstadt, Sortir de la crise. Comment l'Europe peut sauver le monde, par Alina Girbea.

- Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein, Le Monde d'après. Une crise sans précédent, par Alain Bergounioux.

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1 commentaire

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Fred

15/02/10 23:17
Je suis d'accord avec les auteurs qu'il faut éviter le retour du protectionnisme qui a causé tant de problèmes à la suite de la crise de 1929. L'origine de la crise que nous connaissons aujourd'hui me semble essentiellement financière, en ce sens qu'elle résulte d'une tentative par les marchés financiers de placer au mieux des excédents de liquidité en inventant, sous l'œil bienveillant ou endormi des régulateurs, de nouveaux instruments financiers qui devaient en principe assurer une meilleure gestion des risques et partant permettre de faire des investissements plus risqués mais plus rémunérateurs, comme les fameux subprimes. Ces tentatives ont conduit à une spirale spéculative, provoquant une bulle financière qui a finit par éclater. Heureusement, grâce aux mesures énergiques mises en place par les dirigeants des principaux pays mis en cause, je pense qu'on a réussi à éviter le pire et à réduire considérablement l'incidence de la crise sur l'économie réelle, beaucoup mieux en tout cas qu'en 1929, notamment en gardant ouvert les frontières. Maintenant trois problèmes majeurs subsistent me semble-t-il. Premièrement il faut gérer au mieux la sortie de crise et retrouver un équilibre budgétaire dés que la situation économique le permettra. Ça veut dire pour des pays comme la France, résorber le déficit structurel qui plombe notre économie. Deuxièmement, il faudrait tenter de résorber les déséquilibres financiers internationaux, notamment ceux qui sont liés aux excédents commerciaux asiatiques et qui ont joué un rôle non négligeable dans la crise actuelle. Enfin, il faudra se pencher sur les inégalités qui ont tendance à s'aggraver de façon inquiétante dans un grand nombre de pays. En dehors des questions politiques et éthiques que cet accroissement des inégalités engendre, il est claire qu'il est néfaste sur le plan économique car il encourage une création excessive de crédit (encore les subprimes) et nécessite de mettre en œuvres des mesures de redistribution du revenu qui créent des distorsions fâcheuses dans le fonctionnement de nos économies. Malheureusement ce n'est pas un problème facile à résoudre car il semble lié à la nature du progrès technique qui permet de remplacer de plus en plus des emplois non qualifiés par des machines alors que notre système éducatif ne semble pas en mesure de relever suffisamment vite le niveau de qualification effective de ceux qui rentrent sur le marché du travail.

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