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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Flaubert : l'écriture et la vie
[lundi 08 février 2010 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Flaubert, une manière spéciale de vivre
Pierre Marc de Biasi
Éditeur : Grasset
515 pages / 20,43 € sur
Résumé : Pierre-Marc de Biasi retrouve son ami Gustave Flaubert, dont il ausculte la vie, indéniablement consubtentielle à l'oeuvre romanesque.
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Pierre de Biasi  exhume, comprend, mémorise et nous offre les multiples traces écrites de son double sans jamais nous étouffer de sa complicité avec Flaubert. Il trace la cartographie de la destinée, dessoudant le grand homme, pour mieux ressusciter l’écrivain. Il retrouve, peut-être à  son corps défendant, l’essence de toute véritable "biographie" d’écrivain : non une écriture de plus qui surcharge et enferme les écrits dans un mausolée, mais un flux qui éclaire, entraîne à lire, relire, recréer… L’image des épousailles qui prolongent l’héritage, qui initient lecture et écriture parce que cet ouvrage-ci concocte des lecteurs. L’ignorant pourra y trouver l’élan joyeux, curieux pour découvrir, celui qui a lu ses classiques, enrichit ses souvenirs, retourne à ses déjà-lus et reprend ses encore-à-lire.

L’aventure peut se cacher au coin de l’alphabet. Homéostasie du chercheur au lecteur, de l’amoureux à son objet d’études qui nous emballe dans la cavalcade, dans les plaisirs charnels, dans la réflexion théorique. Notre histoire littéraire réserve une place de choix à la démarche flaubertienne. Pour avoir lu un ou plusieurs de ses romans, pour avoir appris leur parrainage sur l’émergence du jeune Maupassant, pour l’avoir comparé aux tout aussi phénoménaux Zola ou Balzac, il nous semble le connaître. L’émérite familiarité du généticien avec la correspondance fournie, les traces écrites, les subtilités biographiques, les lieux de l’écriture dissociés ou non des temps de maturation de l’œuvre (entre maladies, voyages, séjours parisiens, retraites à Croisset)  nous glisse dans l’intimité de la création émergente, des strates accumulées, des souvenirs condensés, des désirs, des bravades. La théorie surgit dans la continuité de l’époque, des essais, de la volonté de Gustave Flaubert. Le cadre ne se plaque plus sur l’œuvre, il s’engendre tout en engendrant, clarifie et opacifie tour à tour en d’incessants aller-retour entre brouillons toujours en train d’être écrits et arsenal théorique déjà brandi en idéal à atteindre. Toujours en train d’être écrit jusqu’au point final, là où l’idéal plus ou moins atteint, il faut se résoudre à clore, à envoyer à l’imprimeur. L’opus se clôt, mais l’énergie elle réenfourche une nouvelle thématique, ouvre une nouvelle cosmogonie et le flux jamais ne s’interrompt.
 
S’il s’agissait de démontrer les richesses de l’étude des manuscrits, s’il s’agissait d’enrôler les étudiants frileux à une recherche jouissive, s’il s’agissait de souligner la figure singulière et encore incontrôlable de "notre" Flaubert, le sésame est là. Attaquez l’incipit, enserrez de votre esprit les flancs de votre monture et décrypter allègrement l’Œuvre sous l’égide de Pierre de Biasi.

 


 

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1 commentaire

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solo

12/02/10 18:05
Je suppose qu'il y a une erreur de date de publication : 2009 au lieu de 1999.

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