On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Nonfiction.fr- Comment voyez-vous l’évolution de ce rapport de force ?
Renaud Dehousse- Tout dépendra de la volonté de Catherine Ashton d’user ou non de son pouvoir d’initiative. Elle peut mettre des propositions sur la table, mais le fera-t-elle ? Solana ne disposait pas de cette marge de manœuvre. Il n’avait pas de capacité d’initiative formelle et d’ailleurs –c’est assez symbolique- la première mission qui lui a été confiée en tant que Haut représentant a été de négocier la libération des otages retenus sur l’Ile de Jolo. Solana était l’exécutant d’une politique dessinée par les Etats membres. Cela n’est pas aussi vrai pour le haut représentant version Lisbonne. Sur le papier, il y a un créneau à prendre même si, dans l’intervalle, l’élargissement de l’UE à 27 Etats ne facilite pas le consensus.
Nonfiction.fr- Le 12 ème Conseil franco-allemand s’est tenu le 4 février dernier. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont fait des propositions pour renforcer les liens entre les deux pays. La France et l’Allemagne sont-ils encore les moteurs de l’intégration européenne ?
Renaud Dehousse- La France et l’Allemagne ensemble disposent, en effet, d’un poids important au sein du Conseil des ministres mais qui n’est plus le même qu’avant. Le pouvoir de la France et de l’Allemagne s’est inévitablement dissous. Déjà, en 2003, au moment de la crise irakienne, la France et l’Allemagne n’ont réussi à rallier à leur position que la Belgique et le Luxembourg. Aujourd’hui, pour peser au sein de l’UE, il faut bâtir des coalitions, trouver des alliés. Mais je ne suis pas sûr qu’en France, on en ait déjà pris la mesure.
Nonfiction.fr- Dans votre ouvrage, vous insistez sur l’importance de la méthode communautaire. Est-elle remise en question ?
Renaud Dehousse- Le problème est de dépasser les pièges souverainistes. Il faut dépasser l’idée qu’un Etat puisse à lui seul résoudre des problèmes comme le changement climatique, par exemple, ou la préservation du modèle européen de société. Il n’y pas de solution nationale à ce type de problème. La méthode communautaire présente des avantages en termes d’efficacité et de transparence et donc, en terme de légitimité. Elle peut cependant faire peur aux Etats et aux citoyens qui craignent d’être broyés par la machine. La méthode communautaire est cependant plus démocratique et plus transparente que n’importe quelle coopération intergouvernementale. Quant à la méthode ouverte de coordination, elle peut faciliter la coopération dans des domaines sensibles pour les Etats.
Nonfiction.fr- La politique de défense est un domaine dans lequel les Etats manifestent le souhait d’aller vers une plus grande intégration. L’UE perd-elle son statut de puissance civile ?
Renaud Dehousse- Je vois un peu d’angélisme dans les réflexions autour de ce thème. Dans puissance civile, il y a aussi le terme de puissance. L’UE doit commencer à se penser comme un acteur géopolitique qui a des intérêts légitimes. Les progrès accomplis sont cependant très importants. Il aurait été impensable il y a quelques années d’imaginer que des soldats allemands puissent être envoyés en Afrique ou en Asie. Il a fallu passer par un détour européen![]()
A lire sur nonfiction.fr :
- Renaud Dehousse (dir.), Politiques européennes, par Alexandre Barthon de Montbas.
2 commentaires
alain
L'Europe de Lisbonne peine à montrer sa valeur ajoutée pour l'instant
gerard