Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Passion politique
[vendredi 05 février 2010 - 18:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Cahiers secrets de la Ve République. Tome 3, 1986-1997
Michèle Cotta
Éditeur : Fayard
965 pages / 27,55 € sur
Résumé : Entre témoignage et analyse, un ouvrage indispensable pour les spécialistes d’histoire du temps présent.  
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L’ère des transitions ?

Dans ce tome 3, Michèle Cotta effectue son retour au journalisme politique après avoir dirigé pendant quatre ans la Haute Autorité de l’Audiovisuel. D’où une place considérable accordée aux questions de l’audiovisuel. Ainsi le premier trimestre de ces Cahiers est entièrement consacré à la privatisation de TF1. Celle-ci réalisée, Michèle Cotta accepte la proposition d’Étienne Mougeotte de prendre la direction de l’information sur la chaîne, ce qui nous vaut une page édifiante sur les différences de salaires entre le service public et le privé  . Elle occupe cette fonction jusqu’en décembre 1992. Elle anime ensuite l’émission "Revue de presse" sur Antenne 2 et assure de nombreuses chroniques dans les médias. A l’en croire, cette période provoque chez elle une frustration de l’écriture ; le résultat en est qu’elle se "défoule" en quelque sorte dans ses Cahiers  .

On ne reviendra pas ici sur l’ensemble des événements croisés dans ces Cahiers entre juillet 1986 et juin 1997, soit entre les premiers pas d’une cohabitation inédite sous la Ve République et la mise en place de la troisième expérience de ce type après la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Chirac ; sinon pour remarquer qu’apparaissent alors des personnalités politiques qui sont, aujourd’hui encore, sur le devant de notre scène. C’est ainsi qu’en décembre 1988 elle remarque un jeune gaulliste invité du service politique de TF1 : Nicolas Sarkozy. Le recevant peu après, elle le décrit comme un homme "sec, brillant, nerveux, […] pressé  ". C’est au même moment qu’elle signale pour la première fois François Fillon, dont elle dit qu’il est ou plutôt se veut "gaulliste de gauche  ". C’est en "mangeuse de caméras  " que Ségolène Royal apparaît lors d’une réunion des anciens ministres de Pierre Bérégovoy en avril 1993, précédée de caméramen et de journalistes, ne s’adressant qu’à eux et repartant aussitôt sous le regard réprobateur de ses anciens collègues. Un premier déjeuner avec Martine Aubry, en juin 1994, permet à l’auteure de la peindre comme une vraie professionnelle, "tonique, faisant montre d’un mélange d’énergie et d’optimisme  ". Quelques pages plus loin, Michèle Cotta nous apprend qu’elle "serait la meilleure candidate que la gauche puisse trouver" selon Jacques Chirac  .

Au début des années 1990, Michèle Cotta décide d’accroître ses rencontres avec les dirigeants français de tous bords, tant elle est intriguée par les signes d’une crise de la société politique et la multiplication des affaires. Elle interroge alors toutes les personnalités qu’elle croise à ce sujet. L’analyse d’Alain Carignon, en décembre 1991, est de celles qu’on lira avec le plus d’intérêt  . Cette période est contemporaine de ce qu’elle appelle "une déliquescence de la gauche  " qui l’interpelle particulièrement. Cela l’entraîne à considérer l’année 1992 comme une année-clé de notre histoire politique. De toutes celles auxquelles ce tome est consacré, c’est celle qui occupe en effet le plus de pages. Et le lecteur prend mieux conscience qu’effectivement elle est centrale dans la décennie traitée, avec la lutte pour la direction du PS, la question de la candidature de Rocard aux présidentielles, l’effondrement du PS en raison des affaires, les élections régionales, la succession très tôt ouverte d’Édith Cresson, les projets d’adoption du quinquennat, le rôle de Bernard Tapie, le débat autour du traité de Maastricht et le référendum, l’affaire du sang contaminé et enfin la maladie du chef de l’État. Les Cahiers permettent en effet de suivre les premiers signes remarqués par M. Cotta de la dégradation de la santé de François Mitterrand, en décembre 1991, puis l’annonce publique de sa maladie en septembre 1992, et enfin les moments où la classe politique croit imminente la mort du chef de l’Etat, comme au moment du référendum sur Maastricht  . Si l’on avait besoin de nouvelles preuves pour comprendre combien cette année fut décisive, l’auteure ajoute encore que c’est en février 1992, à quelques jours d’intervalle, qu’elle apprend, par une confidence de Jean-Bernard Raimond, qu’Édouard Balladur a l’ambition de briguer, un jour, l’Élysée   et directement par Lionel Jospin qu’il caresse lui-aussi ce projet  .

Comme ces derniers exemples le confirment, on ne saurait se passer de la lecture de ces Cahiers pour connaître, dorénavant, l’histoire de la Cinquième République.
 

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