On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Même après les Beatles, la vie continue. Emerick revient sur la construction puis le naufrage des studios Abbey Road puis ses multiples collaborations avec McCartney, notamment avec les Wings. Ces expériences seront le ciment d'une longue amitié, renforcée lorsque McCartney et Emerick perdent respectivement leurs épouses emportées par le cancer. L'ingénieur du son se souvient aussi de son rôle dans les enregistrements des Badfinger et d'Elvis Costello. C'est ce dernier qui signe la préface de l'ouvrage, louant les qualités d'écoute - dans tous les sens du terme - d'Emerick. Costello ne cache pas sa joie de voir enfin la vie de studio des Beatles révélée, réaction compréhensible lorsqu'on sait que les Beatles, à leur manière, réinventèrent, de manière pérenne et révolutionnaire, la musique.
L'ouvrage de Geoff Emerick, co-écrit avec l'auteur et critique Howard Massey, s'avère donc passionnant, souvent drôle, parfois émouvant et, surtout, très instructif. Nul besoin d'être un spécialiste du genre pour comprendre l'immense rôle que jouent les techniciens et les ingénieurs du son sur l'enregistrement d'un album, de qui plus est un album des Beatles. Malgré leurs aléas d'humeur et leur fierté démesurée, ceux-ci vouaient une confiance aveugle à leur équipe. Ce qui n'est plus souvent le cas aujourd'hui, regrette un Emerick nostalgique des bricolages analogiques. Désormais, les musiciens se chargent souvent de la production de leurs disques... à raison ou, le précise l'auteur, à tort. Mais nulle réflexion démagogique ici, Emerick fait comme il l'a toujours fait: il donne, aussi humblement et sincèrement possible, son avis... Ce précieux sens de le musique et des techniques du son lui valent quatre Grammy Awards dont le dernier en date, en 2003, récompense l'ensemble de son oeuvre.
Enfin, En Studio avec les Beatles atteste, une fois encore, des talents de traducteur du brillant journaliste Philippe Paringaux. Le récit ne serait peut-être pas aussi fluide et cohérent sans son pertinent décryptage. "Le destin a voulu que j'assiste à la toute première séance d'enregistrement des Beatles en septembre 1962, et à la dernière, le 20 août 1969", nous confie Geoff Emerick, omettant de préciser que c'est également son talent qui l'a mené sur les sentiers (sinueux) de la gloire. Et faisant des mémoires d'un modeste (mais indispensable) ingénieur du son des Beatles un ouvrage passionnant autant qu'édifiant![]()
1 commentaire
Led Zeppelin
Comme tu le dit si bien, " Nul besoin d'être un spécialiste du genre pour comprendre l'immense rôle que jouent les techniciens et les ingénieurs du son sur l'enregistrement d'un album".
Et comme tu le rajoutes : " de qui plus est un album des Beatles."
Ben oui, comme le reconnait lui-même l'humble Geoff Emerick, ce sont les idées complètement folles des Beatles qui l'on obligé à lui (mais aussi à George Martin), a se démerder à trouver des solutions à leurs exigeances.
Et le mot exigeance n'est vraiment pas trop fort, comme le dit Geoff Emerick, qui signale que pour eux le mot "impossible" n'existait pas.
Ce qui m'a aussi étonné, c'est que Geoff Emerick signale que lui et George Martin pouvaient manger avec d'autres musiciens lors des diverses sessions, alors qu'avec les Beatles c'était le contraire : lorsque ceux-ci voulaient manger, non seulement ils se commandaient des sandwichs sans même leur demander s'ils voulaient manger, mais de plus le groupe mangeait dans son coin, ne l'invitant que rarement lui et George Martin (ou même un quelconque technicien de studio)
On comprends bien que les Beatles faisait la différence entre-eux et les autres. (d'ailleurs Geoff Emerick signale qu'il ne savait même pas comment ils étaient en dehors des sessions de studios).
On comprends aussi qu'ils faisaient ce qu'ils voulaient, puisque qu'ils rentraient et sortaient des studios quand ils le désiraient.
(Si les autres artistes devaient respecter les horaires imposées par E.M.I, par contre les Beatles choisissaient eux-mêmes leur horaires, et personne n'osait rien dire)
Et le pire, c'est qu'ils voulaient construire leur propre studio, car ils n'étaient pas entièrement satisfait! (lol)
Bon sinon t'as raison de signaler qu'on rigole aussi dans ce livre, car si les Beatles pouvaient être des tortionnaires pour le personnel du studio, ils pouvaient aussi être comme des adolescents, débarquant dans le studio en chantant et dansant.