Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
La petite musique des intellectuels
[mardi 12 janvier 2010 - 16:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Le café du commerce des penseurs. À propos de la doxa intellectuelle
Louis Pinto
Éditeur : Editions du Croquant
150 pages / 12,83 € sur
Résumé : Loin de n’être qu’un nouveau libelle contre les intellectuels mondains célébrant l’ordre établi, le nouvel ouvrage de Louis Pinto offre un panorama sociologique de la « doxa intellectuelle » constitutive de l’air du temps.
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L’originalité du propos ne saute pas toujours aux yeux, si l’on songe à tout le travail de polémiste informé mené jusqu’ici par, notamment, Serge Halimi, Eric Hazan, ou encore le collectif ACRIMED. Mais ce petit ouvrage recèle deux ou trois mérites sur ce terrain. D’abord, Louis Pinto apporte avec lui sa grande expérience de sociologue des intellectuels, indissociable d’un talent de plume particulièrement affûtée. Si bien que, un peu plus qu’un état des lieux communs de la doxa dominante que semble suggérer son titre, Le café du commerce des penseurs s’efforce de gratter la surface des discours pour faire voir le dessous des cartes, les logiques sociales qui organisent la distribution apparemment nébuleuse des prises de positions. De sorte que – dernier mérite – il puisse très légitimement annexer à cette doxa néolibérale toute une fraction « postmoderne » de la gauche dite radicale, sans véritable contradiction : même schèmes dualistes archaïque/moderne, vieille société industrielle/société post-fordiste, même type d’éloge de l’individu, de la différence et de la « subjectivité » contre les vieilles lunes étatistes et syndicales, même eschatologie européiste… Le portrait de Negri et ses partisans en Jeunes Hégéliens qui se paient de mots et prennent « des transgressions sur le papier pour des ruptures dans l’histoire mondiale » (p. 44) sonne à cet égard très juste, et pourrait être prolongé : Saint Toni apologiste de Saint François d’Assise, qui veut voir dans le capitalisme le plus débridé l’avènement hic et nunc du « communisme » – il n’est plus qu’à s’en laisser convaincre et ce sera chose faite. Un peu moins convaincante est le retour sur l’affaire Sokal, à propos de laquelle L. Pinto jette pêle-mêle dans la galère postmoderne des auteurs qui ne s’en réclament guère, du moins en ce qui concerne Derrida (dont le rapport à la politique est questionnable, mais pas toujours si « doxique »).

Louis Pinto, fidèle à l’enseignement de P. Bourdieu, oppose à la figure de l’intellectuel doxique la vigilance critique, la patience du concept, le temps de la recherche authentiquement scientifique et la constitution d’un intellectuel collectif. Il conclut à ce titre sur une défense classique de l’autonomie des sciences sociales et de leur rôle dans l’espace public. Au-delà de cette juste défense de la dignité de l’intellectuel critique, peut-être convient-il de franchir un pas de plus et de poser la question d’une contre-doxa, qui resterait à inventer au croisement non plus des champs intellectuels et du pouvoir, mais de la recherche et du militantisme. Dans le cadre de la lutte contre l’hégémonie de la doxa intellectuelle, sortir de l’enceinte académique – comme a pu le faire Pinto lui-même – peut aider à constituer une réplique qui ne soit pas un double de son adversaire dans la médiocrité et l’approximation, mais une langue sociale et politique à la fois fondée en raison et accessible à des publics larges, et qui puisse – accessoirement – relever le niveau de la langue et de la pensée antilibérales.
 

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2 commentaires

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broke

17/02/11 23:28
Gageons que ce pauvre Louis Pinto et la cohorte de sociologues qui appartiennent aux champs "les plus autonomes" seront encore plus vite oubliés que les intellectuels "de marché" qu'ils dénoncent. Un Luc Ferry a l'intérêt de proposer des commentaires pédagogiques de Kant et une honnête vulgarisation des questions débattues par la philosophie morale. Qui a encore envie par contre de goûter à cette soupe bourdivine ? Qui dira la misère du "sociologue" qui traîne sa certitude d'être le sel de la terre entre les salles de cours de Cergy XII et celles de Boulogne XXIV ?
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JacquesBolo

15/02/11 16:44
Le doxosophe c'est les autres. Vieille rengaine stal de "l'idéologie" de l'époque où le marxisme était la "science indépassable de notre temps". J'ai au contraire montré que Saint Bourdieu lui-même disait à peu près n'importe quoi sur la télévision.
[ http://www.exergue.com/h/2005-07/medias/faute02.html ]

Si on n'est pas d'accord avec quelqu'un, il faut discuter et le démontrer, pas édicter des oukases d'une position de surplomb universitaire qui n'est malheureusement pas un critère. Et je (ne) suis (pas) payé pour le savoir:
[ http://www.jacquesbolo.com/html/plagiat.html ]

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