Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
C’est là le paradoxe de la diabolisation : celle-ci magnifie la personne diabolisée à l’insu de la personne qui diabolise. Marc Lépine a dit explicitement que la seule raison de sa folie meurtrière était sa haine des féministes ? Eh bien Mélissa Blais le croit ! Que l’assassin ait considérablement simplifié toutes les autres raisons qui l’ont poussé à commettre son crime (la maltraitance paternelle, l’isolement amical, la phobie de la sexualité, etc.), elle s’en moque. Mélissa Blais prend Marc Lépine au pied de la lettre ! : " C’est bel et bien contre les femmes que le tireur en avait. " Et cela l’arrange, car elle peut ainsi isoler la phrase de son contexte d’énonciation, et faire de toute opposition ou haine apparente du féminisme une cible dangereuse. Quelle naïveté, quand on y pense… Quelle récupération de l’horreur et de l’exceptionnel catastrophiste à des fins idéologiques universalistes, identitaristes, victimiaires, plus que discutables.
Il y a comme deux étapes contradictoires dans le travail de Mélissa Blais : à la fois elle fait de Marc Lépine une exception d’homme et une allégorie de la domination masculine universelle. Effet minorant ou décuplant de la caricature manichéenne oblige… Et en effet, dès le début, cette étude est placée sous le signe de la vengeance anti-hommes : citée en épitaphe, Andrea Dworkin annonce les festivités : " Je crois que la façon dont nous pouvons faire honneur à ces femmes qui ont été exécutées, est de commettre chacun des crimes pour lesquels elles ont été exécutées, des crimes contre la domination masculine (…). " La chasse aux " masculinistes " (comme Mélissa Blais les nomme) est ouverte ! Derrière le réemploi du " J’haïs les féministes ! " se cache le non moins absurde " J’haïs les masculinistes ! ".
Le rétroviseur de Mélissa Blais ne voudrait cerner l’événement qu’à travers le prisme de ce qu’elle appelle " les considérations macrosociologiques " : " L’action de Marc Lépine s’inscrit dans un phénomène plus vaste " . Elle fait de l’exception une généralité (la tuerie est définie comme " un événement révélateur des inégalités entre les hommes et les femmes " ), une pieuvre qui s’étend de manière invisible et tentaculaire (il est question de " force antiféministe renouvelée " " qui prend racine " comme une mauvaise herbe). Cette généralisation abusive – dont le terme " égalité ", parsemant à foison le texte, en est le plus saillant exemple – se fait pourtant à grand renfort de statistiques (sur les femmes battues ou assassinées), de sources documentaires diversifiées (presse, télé, cinéma, etc.), de citations (la bibliographie est d’ailleurs conséquente). Tout cela pour prouver que Les femmes sont d’éternelles victimes (c’est là leur " condition de groupe historiquement discriminé " ). D’ailleurs, par un procédé caricatural de dépersonnalisation de la gente masculine, Mélissa Blais décrit les hommes comme une masse informe, une simple " collectivité historique " . L’aveu de sa haine des hommes arrive à la toute fin de son ouvrage, dans les lignes de remerciements : " Ils sont peu nombreux à comprendre. " .
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