On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On peut se borner à remarquer qu’indépendamment du programme annoncé en 1874, et dont la postérité a retenu la réinvention de l’intentionnalité (qui n’est pas un terme strictement brentanien), le projet de Brentano l’a conduit, en superprofessionnel de la philosophie (cette expression est due à Jacques Bouveresse et indique que, quelle que soit la question traitée, Brentano savait à peu près tout ce qu’en avait dit jusqu’à lui la philosophie occidentale accessible) à examiner de manière panoramique toute l’histoire de la philosophie de la psychologie, qui donne sa matière à l’index nominum auquel je renvoie dans son intégralité.
On dispose du même coup avec la Psychologie d’une des meilleures histoires de la psychologie philosophique et post-philosophique du XIX° siècle, juste avant Freud.
Comme je l’ai suggéré plus haut, on gagnerait beaucoup, du côté de la philosophie (analytique) de l’esprit comme du côté de la psychanalyse, à confronter systématiquement la métapsychologie freudienne, et en particulier la théorie implicite de l’idéation qui se trouve "à l’état pratique" chez Freud, et qui n’est pas systématisée et peu étudiée, ne serait-ce que pour voir comment se profile de manière inédite chez Freud la question des rapports entre physique et psychique à travers celle de l’inconscient. Cela suppose qu’on abandonne, au moins provisoirement, l’indifférence ou l’hostilité à la voie freudienne qui affectent la majorité des philosophes analytiques (à de notoires exceptions près : Richard Wollheim, par exemple).
Je me contenterai pour finir de faire remarquer après bien d’autres que la tripartition des phénomènes psychiques en représentations, jugements et Gemütsbewegungen volitives et affectives (que Brentano appelle aussi les phénomènes d’intérêt ou les phénomènes d’amour, ou les émotions), qui est le fil conducteur de l’édition de 1911, trouve sa première source moderne dans la distinction cartésienne de l’idée, du jugement et de la passion. L’homologie des doctrines tient notamment à ce que Brentano partage pour l’essentiel la conception cartésienne de l’évidence. Mais à l’homologie s’ajoute un net déplacement qui concerne le statut de la volonté ; Brentano la localise exclusivement dans la sphère affective, alors que Descartes en fait l’un des attributs de la res cogitans, qui coopère directement et bon gré mal gré avec l’entendement pour produire l’affirmation et la négation. Brentano ne fait pas dépendre de la volonté l’Anerkennung (reconnaissance et acceptation) et la Verwerfung (rejet) qu’opèrent les jugements existentiels. Il y a une différence catégoriale entre les "modalités antithétiques" logiques et celles qui sont affectives, l’amour et la haine. Mesurer cet écart et comprendre ce déplacement conduit à un travail qui contraint à traiter la difficile question de la différence de l’ émotion et de la passion chez Descartes, et qui prend en écharpe de proche en proche toute la philosophie classique de l’esprit., et éclaire certains des chantiers de la philosophie contemporaine de l’esprit.
Une autre approche féconde serait de comparer la doctrine brentanienne de la volonté de la décision effective et de l’acte avec les analyses d’Elisabeth Anscombe dans Intention.
Je n’ai indiqué que cinq pistes. Il y en a des dizaines d’autres. C’est le moment pour les aficionados de relire la Psychologie, je ne crois pas que la nostalgie du papier autodestructeur de 1944 les étreindra longtemps, et pour tous les autres de découvrir ce texte fertile![]()
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