On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Interview de Maxime Lefebvre, diplomate et professeur à l’IEP Paris. Dernière publication : "Après le Traité de Lisbonne : l’Union européenne a-t-elle enfin un numéro de téléphone ?" avec Thierry Chopin, Questions d’Europe, n°151, Fondation Robert Schuman, 30 novembre 2009.
Nonfiction.fr : L’action extérieure est une dimension importante du Traité de Lisbonne. Le Traité avait pour objectif d’améliorer le fonctionnement et la visibilité de l’UE. Pensez-vous que le président du Conseil européen et le Haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité parviendront à renforcer la visibilité de l’Europe dans les affaires internationales ? L’Europe est-elle plus crédible ?
Maxime Lefebvre : Lisbonne ne règle pas la question d’un numéro de téléphone unique pour l’Union européenne comme l’avait demandé le secrétaire d’Etat américain Kissinger dans les années 1970. La représentation extérieure de l’Union n’est pas unifiée. Quatre personnalités dominent désormais la scène européenne : le président du Conseil européen, le Haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le président de la Commission européenne, et la présidence tournante qui continuera à jouer un rôle. Sans compter les autres acteurs : le président du Conseil Affaires économiques et financières (ECOFIN), le président de la Banque centrale européenne (BCE), le président de l’Eurogroupe. On peut sans doute supposer que Catherine Ahston jouera un rôle pivot dans la diplomatie européenne avec la mise en place d’un service européen d'action extérieure. Notons cependant que le principe d’unanimité prévaut toujours en matière de politique étrangère…
Nonfiction.fr : Vous écrivez que la clé du succès résidera dans la capacité des Etats à rapprocher leur diplomatie. Est-ce que le Traité de Lisbonne permet d’espérer que les Etats coordonnent davantage leurs politiques étrangères ?
Maxime Lefebvre : Il y a un vrai potentiel en ce domaine. Les Etats membres ne peuvent individuellement plus prétendre peser efficacement sur la scène internationale. Ce n’est certes pas nouveau mais jusqu’à présent, certaines puissances pouvaient encore jouer de leurs attributs de souveraineté (appartenance au G7, au Conseil de sécurité…). Or, le monde s’organise aujourd’hui autour de mégapuissances (G2) et doit faire la place aux pays émergents. Les pays européens individuellement ne comptent plus suffisamment.
Nonfiction.fr : Est-ce l’enjeu du poste de Catherine Ashton de créer cette dynamique ?
Maxime Lefebvre : Oui et non. Catherine Ahston jouera ce rôle en tant que présidente du Conseil des ministres des Affaires étrangères. Elle participera également à toutes les grandes rencontres et elle disposera du Service d’action extérieur. Mais la dynamique dépend surtout de la volonté des Etats membres. Souhaiteront-ils s’impliquer avec elle ou maintenir un jeu national ?
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