Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Chronique d’une défaite annoncée
[vendredi 18 décembre 2009 - 12:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
L'assassinat manqué de la psychanalyse
Agnès Aflalo
Éditeur : Cécile Defaut
176 pages / 17,10 € sur
Résumé : Le livre d’Agnès Aflalo est une critique acerbe du mouvement de répudiation visant le psychanalyse d’inspiration freudienne, mis en évidence dans la démarche de l’amendement dit Accoyer, qui a été voté à l’assemblée le 8 octobre 2003. Elle revient sur ce moment inédit où pour la première fois, les psychanalystes occupent la place publique et défendent leurs idées de manière collective. Elle répond avec virulence aux torts faits à la psychanalyse, profitant pour nous éclairer, non sans humeur, sur ces enjeux principaux et ses divergences avec les TCC.
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Le livre d’A. Aflalo est l’histoire de la place qu’a occupé ce débat dans la société française. Son mérite principal est de relayer les propos de tous ceux qui ont pris la parole au nom des psychanalystes freudiens pour occuper une place qui leur revient de droit dans la tribune publique. Elle témoigne ainsi du combat de tous ceux qui se sont retrouvés pour tout d’abord défendre le droit des citoyens à choisir en toute liberté le thérapeute selon le transfert et l’éthique qui convient à chacun.
Elle nous livre également les sources bibliographiques nous permettant de reconstituer une chronologie détaillée des événements ; ainsi qu’un nombre impressionnant d’articles documentés qui procèdent à une minutieuse analyse "du malaise auquel nous avons eu alors affaire". 

Elle s’attarde considérablement sur le programme théorique de Daniel Widlöcher et "la psychanalyse scientifique qu’il réclame de ses vœux" , passant en revue ses différents ouvrages, citations à l’appui, pour nous démontrer la révision qu’il accomplit de toutes les notions fondamentales de la psychanalyse : l’inconscient, le symptôme, la pulsion, la répétition… Elle montre en quoi cette révision porte atteinte aux fondements mêmes de cette discipline, et contribue à un aplatissement et appauvrissement théorico-clinique  qui aurait scandalisé le maître viennois : "Mus par une extrême méfiance à l’égard de la puissance des désirs humains […], les psychanalystes sont prêts à tout sacrifier pour parvenir à un fragment de certitude objective. Ils emploieront les méthodes de l’enquête scientifique uniquement pour s’en servir d’échelle, et s’élever au-dessus de la science. Malheur, s’ils arrivent à monter à une telle hauteur !"  

A. Aflalo rend compte du mouvement éditorial puissant destiné à discréditer la psychanalyse qui a cru infliger un dernier coup de grâce avec la publication d’un livre noir des reproches au père de la psychanalyse  , appuyé sur la prétendue scientificité d’un rapport de l’Inserm sur l’efficacité de la psychanalyse.  La contre-offensive est venue avec l’apparition un an après de l’Anti-livre noir de la psychanalyse.  

Elle s’acharne à démonter cette idée neuve qui serait "le droit au bonheur" que résume l’invention de la "santé mentale", mais qui ne protège pas des "dérives sécuritaires" ni de "l’obscurantisme hygiéniste". A. Aflalo veut prouver que "Le nouveau moralisme qui entend faire main basse sur les libertés du citoyen par la psychiatrisation forcée de notre société trouve (…), le renfort d’une bureaucratie aveugle qui impose dans tous les secteurs de la société la machine de l’imposture de l’évaluation". 

Nous voici livré le récit polémique d’une véritable croisade pour défendre la psychanalyse freudienne contre ses nombreux détracteurs soutenus par "une poignée de législateurs", conseillés en outre par "une poignée d’universitaires titrés acquis aux TTC". A. Aflalo prête à ce livre un ton délibérément acerbe qui fait sa faiblesse et sa force. D’une part, le ton de revendication et l’acidité des remarques peuvent déranger le lecteur et le mener parfois à se désolidariser d’une cause juste qui prône un parti résolu. Mais en même temps le parti pris a le mérite d’être clairement détaillé, les propos exposés sont consistants, des nombreux faits et démonstrations cliniques viennent à l’appui, l’énumération d’une pléthore d’intellectuels et de libres penseurs confirment le pari qui a mobilisé pendant des mois tous les acteurs d’un débat bouleversant sans précédent.  

Il s’agit ici de défendre l’éthique de la psychanalyse d’inspiration freudienne, éthique qui constitue sa force en tant que pratique et qui la différencie d’autres psychothérapies. Cela équivaut à soutenir sans équivoque l’hypothèse de l’inconscient, ainsi que la thèse principale qui soutient l’inconscient structuré comme un langage. Contre le discours de l’évaluation qui prétend réduire le symptôme au silence, seule la psychanalyse peut lui donner sa dignité et délivrer le sujet du poids qui leste sa parole. 
Bernard-Henry Lévy commence la préface ainsi : "il fallait que ce livre fut écrit". On ne saurait mieux faire que conseiller sa lecture à tous ceux, partisans ou non de la psychanalyse, étudiants, analysants, qui souhaitent tirer au clair l’importante bataille que la psychanalyse d’inspiration freudienne dans l’orientation du Dr Jacques Lacan vient de remporter. Ce livre revient sur les attaques qu’a reçu cette discipline et éclaire sur les notions fondamentales dans un langage limpide que les profanes sauront apprécier. .

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