Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Police partout, justice nulle part ?
[mercredi 23 décembre 2009 - 05:00]
Histoire du Droit
Couverture ouvrage
Histoire de la justice en France. XVIe-XXIe siècles
Benoït Garnot
Éditeur : Gallimard
789 pages / 11,97 € sur
Résumé : Une passionante histoire de l’institution judiciaire, de ses pratiques, de ses acteurs, de ses failles, et des représentations ambiguës qu’elle continue de susciter.
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Pour conclure...

Il y aurait quelques critiques mineures à formuler, au sujet notamment de l’opinion publique qu’évoque l’auteur à plusieurs reprises. N’y-a-t-il pas quelque naïveté à croire que les changements dans la hiérarchie des infractions et des litiges s’expliquent essentiellement par le poids de la « demande sociale »  ? La science politique et la sociologie des publics font ici cruellement défaut. Selon Garnot, les oscillations de l’« opinion », ici réifiée, décideraient d’une grande partie des innovations législatives. Mais il nous semble plus judicieux d’affirmer que les constructions et les innovations juridiques se répercutent sur les croyances et les comportements. Les « mentalités collectives », le « changement dans les moeurs », ainsi que le « sentiment d’insécurité », sont invoqués de manière beaucoup trop allusive et elliptique. Il eût été plus convaincant de décrire la manière dont une politique sécuritaire, dont Garnot explique fort bien qu’elle nécessite un certain nombre de dispositifs juridiques, peut susciter un « sentiment d’insécurité » (notion dont on gagnerait d’ailleurs à se débarrasser).

Quant aux explications que l’historien fournit de la délinquance, elles laissent à désirer et appellent quelques approfondissements. La typologie des facteurs de la délinquance n’est guère étayée sociologiquement, et apparaît bien faible conceptuellement : « conflits d’intérêts », « rivalités humaines », « nécessités sociales », « prédispositions psychologiques ». On rétorquera, à juste titre, que l’exercice de la synthèse impose certains raccourcis, et, parfois, quelques approximations. Ce livre reste donc un bréviaire pour qui veut se remémorer la signification de certains termes juridiques, ou connaître dans les grandes lignes l’histoire d’une procédure. Par ailleurs, il est à mettre entre toutes les mains de celles et ceux qui gagneraient à remettre en perspective l’histoire de l’institution judiciaire française, plutôt que de l’ignorer, l’instrumentaliser, voire de la casser.

Dans une grande simplicité de style, selon une présentation très claire des thèmes et des enjeux, Benoît Garnot permet à quiconque, y compris à un public très large dont les connaissances techniques seraient inexistantes, de se passionner pour la justice, et de mieux comprendre les réformes en cours. Il ne reste plus qu’à attendre la synthèse qui plongera les racines de la justice contemporaine dans un Moyen Âge, ici mis à l’écart. Que l’on songe seulement à ce que le juge d’instruction d’aujourd’hui doit à l’inquisiteur du XIIIe siècle....

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5 commentaires

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Anonyme

07/09/10 22:41
Et oui, Nicolas, il est très embêtant qu'un auteur ne maîtrise pas l'ensemble du vocabulaire juridique lorsqu'il entreprend d'écrire une histoire institutionnelle (et non sociale) de la Justice en France!!!
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Cadoudal

27/08/10 19:55
Qu'une synthèse soit émaillée de quelques erreurs et scories est bien souvent inévitable, de là à tirer à boulets rouges.... Peut-on reprocher à un historien de ne pas entièrement maîtriser le vocabulaire juridique, alors que dans le même temps nombre de travaux (et surtout de thèses) d'histoire du droit sont de plus en plus tentés par l'histoire sociale et possèdent les mêmes défauts de forme, pour ne pas dire de fond ? Là où "Nicolas" a raison, c'est que nous autres historiens du droit n'avons pas été capables de produire une synthèse vraiment globalisantes sur le sujet. On a bien quelques histoires des institutions judiciaires, quelques histoires du droit pénal et de la procédure criminelle, certaines de qualité n'en doutons pas, mais quid d'un essai global sur le sujet ? Le plus intéressant serait sans doute de rapprocher vraiment les deux disciplines pour vraiment communiquer, au lieu de s'arc-bouter, chacune, sur leur pré-carré...
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Nicolas

27/08/10 12:24
Pauvres historiens du droit, incapables depuis longtemps de se renouveler et de produire quoi que ce soit de nouveau, et réduits à une critique stérile... !
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Carlita

29/06/10 17:06
Et merci aussi bien sûr à l'auteur du compte-rendu pour sa gentille petite morale en début de première page. Heureusement qu'Arnaud Fossier est là pour nous expliquer la vie à nous autres humbles cafards incapables de nous faire un avis par nous mêmes sur les réformes actuelles de l'institution judiciaire. Merci, vraiment! Très éclairant! Pas du tout politiquement correct et compassé! Pas du tout un propos passé à la meule du conformisme ambiant...! Quel brio!
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Carlita

29/06/10 14:30
Très franchement, Non fiction montre ici ses limites et devrait mieux choisir ses collaborateurs. Comment l'auteur de ce compte-rendu, qui se pique d'histoire du droit, alors que seulement historien, peut oser faire l'éloge de l'ouvrage de Benoît Garnot???!!! Si celui-ci avait ambitionné d'écrire une histoire de la justice, le but n'est pas atteint. L'ouvrage est truffé d'erreurs graves, d'approximations, d'hérésies en terme de droit. Parler de droit "juridique" est un scandale, classer la doctrine parmi les actes de la pratique juridique est une blague.... La discipline juridique induit de la rigueur et une méthode propre aux juristes. Celle-ci n'est apparemment pas celle des historiens. Et Benoît Garnot écrit in fine beauoup de bêtises. S'il ne comprend pas les rudiments du vocabulaire juridique, qu'il laisse donc l'histoire de la justice aux historiens juriste!.. Quand à l'auteur du compte-rendu, derrière la façade d'un style brillant et d'une intelligence indéniable, quelle indigence de fond!!! Parce que normalien, on ne peut pas pour autant écrire sur tout, surtout lorsqu'on ne maîtrise pas les codes et les clés d'une discipline autonome telle que le droit...

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