On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Pour conclure...
Il y aurait quelques critiques mineures à formuler, au sujet notamment de l’opinion publique qu’évoque l’auteur à plusieurs reprises. N’y-a-t-il pas quelque naïveté à croire que les changements dans la hiérarchie des infractions et des litiges s’expliquent essentiellement par le poids de la « demande sociale » ? La science politique et la sociologie des publics font ici cruellement défaut. Selon Garnot, les oscillations de l’« opinion », ici réifiée, décideraient d’une grande partie des innovations législatives. Mais il nous semble plus judicieux d’affirmer que les constructions et les innovations juridiques se répercutent sur les croyances et les comportements. Les « mentalités collectives », le « changement dans les moeurs », ainsi que le « sentiment d’insécurité », sont invoqués de manière beaucoup trop allusive et elliptique. Il eût été plus convaincant de décrire la manière dont une politique sécuritaire, dont Garnot explique fort bien qu’elle nécessite un certain nombre de dispositifs juridiques, peut susciter un « sentiment d’insécurité » (notion dont on gagnerait d’ailleurs à se débarrasser).
Quant aux explications que l’historien fournit de la délinquance, elles laissent à désirer et appellent quelques approfondissements. La typologie des facteurs de la délinquance n’est guère étayée sociologiquement, et apparaît bien faible conceptuellement : « conflits d’intérêts », « rivalités humaines », « nécessités sociales », « prédispositions psychologiques ». On rétorquera, à juste titre, que l’exercice de la synthèse impose certains raccourcis, et, parfois, quelques approximations. Ce livre reste donc un bréviaire pour qui veut se remémorer la signification de certains termes juridiques, ou connaître dans les grandes lignes l’histoire d’une procédure. Par ailleurs, il est à mettre entre toutes les mains de celles et ceux qui gagneraient à remettre en perspective l’histoire de l’institution judiciaire française, plutôt que de l’ignorer, l’instrumentaliser, voire de la casser.
Dans une grande simplicité de style, selon une présentation très claire des thèmes et des enjeux, Benoît Garnot permet à quiconque, y compris à un public très large dont les connaissances techniques seraient inexistantes, de se passionner pour la justice, et de mieux comprendre les réformes en cours. Il ne reste plus qu’à attendre la synthèse qui plongera les racines de la justice contemporaine dans un Moyen Âge, ici mis à l’écart. Que l’on songe seulement à ce que le juge d’instruction d’aujourd’hui doit à l’inquisiteur du XIIIe siècle...![]()
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