Mémoires au présent simple
[vendredi 18 décembre 2009 - 05:00]
Histoire
Chaque pas doit être but. Mémoires
Jacques Chirac
Éditeur : Nil
Exit l’atmosphère enivrante des campagnes. Rien de sensible sur ces déploiements partisans, ces superbes mises en branle des appareils au bénéfice d’un seul homme, ces mois de doutes et d’espoirs. Silences frustrants d’un homme qui ne semble pourtant exister que dans ces instants de révolution pour rire, de fébrilité et d’exaltation.
Les manœuvres sombres, culottées, indécentes, brillantes enfin, où l’homme politique donne la mesure de son habileté –et celle de Chirac fut grande- sont tues. C’est bien dommage, car la course folle de l’intéressé à travers quarante ans d’histoire ne vaut que par ces mille coups d’éclat.
Il arrive à l’occasion que ce costume par trop lisse craque. Un Chirac plus personnel affleure, ça et là. Les piques adressées à Valéry Giscard d’Estaing et Edouard Balladur sont de cet ordre : on comprend que leur affrontement fut autant celui des habitus que des ambitions. Les mots de jacques Chirac nous font toucher du doigt l’irréductible altérité des trois hommes, la haine froide que peut vouer un homme souvent humilié, d’origine obscure sans être modeste, à ces grands bourgeois, alliant supériorité de caste et supériorité de l’esprit. « C’est un idiot qu’on mènera », semblent dire les deux altesses, aussi dupées que Thiers par Louis-Napoléon. Comme on brûle un ancien amour, Chirac prend un plaisir féroce à ridiculiser l’un et l’autre ; Giscard et ses manières de roitelet vaniteux, Balladur et sa préciosité emprunte de fausseté. Récurrentes, ces attaques en deviennent parfois déplacées. Témoignant de son affection pour François Mitterrand, Jacques Chirac indique que le « sphinx » était également homme à partager une promenade en sous-bois, au contact de la terre et d’une nature paysanne, là où Edouard Balladur aurait renâclé à souiller ses escarpins. In cauda venenum. Les ressorts de l’ambition, les failles du tempérament apparaissent ici à nu, ici et ici seulement, dans ces passages anecdotiques. Sans doute sont-ce les seuls instants de vérité d’un récit linéaire, où Chirac, plus que jamais, court loin de lui-même, trop incorporé à l’Histoire pour en voir les perspectives. Jacques Chirac n’est pas et ne sera jamais un « nageur entre deux rives », éternellement partagé entre Ancien et Nouveau monde : à travers ses mémoires, il revendique une fois de plus (la dernière ?) son appartenance au présent, la
vita activa. Plus soucieux de faire l’Histoire que de faire de l’histoire
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