On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Habilement, Vincent Courtillot mêle quelques analyses de données météorologiques ponctuelles et régionales, et de leurs corrélations avec des paramètres tels que l’activité volcanique ou magnétique, avec un discours qui n’exclut pas un (petit) rôle pour le surplus de gaz à effet de serre, mais suggère que des mécanismes amplificateurs mal connus liés par exemple aux rayons cosmiques pourraient être à l’œuvre : son texte est truffé de sous-entendus vis-à-vis des sciences du climat, présentées comme une communauté fermée à toute suggestion, et d’attaques plus ou moins précises contre certains collègues très médiatisés. Au final, Vincent Courtillot livre le fond de sa pensée : fort de ses analyses, mais peu informés de la réalité des travaux scientifiques en question (il ne cite ainsi que très peu d’exemples de la littérature scientifique, de journaux comme Nature ou Science, mais plutôt des revues de vulgarisation), il met en cause le fait qu’on puisse connaître, comprendre et quantifier les facteurs clés de l’évolution du climat. En réponse aux critiques, parfois imparables, qui ont été publiées pour expliciter ses erreurs, il se pose en victime, criant à la pensée unique, et conseillant aux lecteurs, non pas de lire les articles scientifiques ou de s’informer sur les sciences du climat « à la source », mais d’aller chercher leurs informations sur les blogs français ou américains dits « sceptiques » ! Etrange attitude de la part d’un éminent scientifique.
Dans ses conclusions, Vincent Courtillot plaide pour l’importance fondamentale de l’observation – un avis que je ne peux que partager -, exprime sa méfiance vis-à-vis de modèles numériques complexes, sans avoir jamais vraiment expliqué comment un modèle de climat est construit, mis au point, testé pour sa capacité à représenter correctement les grands traits du climat actuel, des variations récentes ou des grands changements passés. Il plaide pour l’élaboration de théories qualitatives simples, ce qui, finalement, est peut-être sa marque de fabrique, mais, pour des domaines où, justement, les observations sont multiples, comme pour les enveloppes externes de la Terre, est largement dépassé.
Prenons ainsi l’exemple des relations entre activité solaire et climat : Vincent Courtillot suggère des liens étroits, même pour les périodes récentes. Force est de constater que le démarrage de « l’optimum climatique médiéval » (quel terme européo-centrique, d’ailleurs) ne peut s’expliquer simplement par une augmentation d’activité solaire, la séquence entre les deux séries n’ayant pas tout à fait l’ordre attendu par une théorie aussi simpliste. Les observations des profils verticaux de température de l’atmosphère montrent également sans aucun doute, que le réchauffement récent des basses couches, et le refroidissement de la haute atmosphère ne peuvent absolument pas s’expliquer par une augmentation d’activité solaire (qui entraînerait un réchauffement partout) mais sont tout à fait cohérents avec l’impact de l’augmentation d’effet de serre sur les échanges radiatifs.
Une dynamique "simple et belle" de la Terre externe
Heureux, à l’issue de cet ouvrage, de présenter une image assez « simple et belle » de la dynamique de la Terre interne, Vincent Courtillot souligne ses doutes vis-à-vis des sciences du climat, ce système qu’il présente comme si complexe, puisque, volontairement, il n’a pas présenté les sciences physiques du climat, tout en indiquant, comme le fait fréquemment son ami Claude Allègre, sa préoccupation vis-à-vis de l’acidification des océans, et des ressources limitées en pétrole.
Dans cette conclusion, Vincent Courtillot reprend les images d’Aristote, qui avait comparé les mouvements de la Terre interne et de son atmosphère, insistant déjà sur les convections de ces fluides. Il oublie, encore une fois, toute la physique des transferts radiatifs, qui fait de l’atmosphère un fluide très particulier. Vincent Courtillot, au-delà de ses critiques des sciences du climat, termine en s’interrogeant sur les politiques publiques, soulignant des causes qui lui semblent plus urgentes que la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre, comme les ressources géologiques ou hydrologiques, et précisant que le géologue, lui, sait résoudre ces problèmes. Vincent Courtillot n’a pas choisi par hasard de prendre un titre issu des romans de Jules Verne : digne héritier du « scientisme », il est convaincu que la science et la technique pourront résoudre tous les problèmes. Humblement, au vu de l’état des connaissances sur le risque climatique lié aux rejets anthropiques de gaz à effet de serre, je crains qu’il ne se trompe lourdement : au-delà de la science et de la technique, c’est bien un changement de civilisation qui se dessine, pour reprendre les mots d’Edgar Morin.
19 commentaires
floyd
http://pages.science-skeptical.de/MWP/MedievalWarmPeriod.html
floyd
Voici des centaines d'études sur tous les continents qui montrent que le réchauffement actuel n'a rien d'exceptionnel, car le moyen-âge était certainement plus chaud:
http://www.co2science.org/data/mwp/mwpp.php
Woody
Je ne comprends pas ce passage en page 2.
Vous écrivez "Et là , force est de constater, pour la climatologue que je suis, ...."
"la climatologue que je suis ...", tiens, tiens ! Et l'on vous croyait philosophe.
Pourriez-vous clarifier votre identité M. Martin ?
Qui se cache sous votre plume ?
Bien à vous
Woody