On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On pourra reprocher à l’ouvrage de ne pas suffisamment pousser l’analyse sur des évènements ou des situations, dont on aimerait découvrir plus en détails les points de blocages ou de basculements. Notamment sur le bricolage des identités ou les dérapages des religions. A titre d’exemple : les rapports de l’Islam ou des "islamismes" avec les sociétés musulmanes, les sociétés occidentales ou la démocratie sont insuffisamment explorés, quand il aurait fallu prendre le temps d’interroger les rapports qui animent les religions, les traditions, et la politique, autant que le mythe de l’autre. Les évènements sont balayés, au rythme d’une plume vive et rapide, mais les analyses se révèlent alors trop rapides. On aurait également souhaité plus d’engagement de la part de l’auteur, pour que sa rhétorique ne soit pas seulement savante mais exprime aussi un positionnement. A la question, "Que pourrait être une vraie paix ?", Philippes Moreau-Defarges présente des lignes d’espoir : "les normes et les institutions planétaires", "les débats planétaires", "les solidarités planétaires", "les politiques planétaires", mais ne propose pas suffisamment, pour que l’on ne referme pas le livre avec une sensation étrange d’insatisfaction. L’ouvrage, notamment dans ses conclusions, se perd dans des conjectures philosophiques que l’on aurait attendues plus fermes, plus décidées, à l’heure ou l’attente de sens est aussi une attente de propositions concrètes.
C’est justement sur ce plan qu’on pourra reprocher à l’ouvrage de ne pas mieux se faire l’écho de toute une littérature en Relations Internationales, permettant de mieux comprendre le rapport entre réalité et théorie, entre construction politique et construction historique. Certes, des thèses connues sont exposées, Samuel Huntington et le "choc des civilisations", Francis Fukuyama et "la fin de l’histoire", ou encore George Sokoloff et la Russie "puissance pauvre". Certes, le livre évoque quelques grands débats des Relations Internationales : l’interdépendance et la théorie du "doux commerce", l’évolution du monde et "la paix démocratique", le projet de "paix perpétuelle" d’Emmanuel Kant. Mais la richesse de la réflexion actuelle sur les grands équilibres géopolitiques, en Relations Internationales aux Etats-Unis, et en Sociologie Politique de l’International en France, permettrait de rester moins vague sur l’usage des concepts et des références. Que signifie réellement la solidarité ? Comment se construisent les identités communes ? Comment se rapprochent les nations et les peuples ? Comment les discours sont-ils également des discours de façades ? A cet égard, une bibliographie à la fin de l’ouvrage aurait été bienvenue. Ne serait-ce que pour prendre l’initiative de trouver, de nous-mêmes, des réponses aux questions pertinemment posées.
Demain, la paix ou la guerre ? Les fantasmes des Etats sont aussi ceux des lecteurs. Si l’ouvrage ne pourra sûrement pas satisfaire un public habitués aux grandes questions des relations internationales, il en est une bonne introduction, et atteint son objectif – certainement le plus important, celui de poser les bonnes questions, dans un ouvrage de synthèse globalement réussi![]()
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Iorol
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