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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
En 2008, Sylvain Gouguenheim, professeur à l’ENS de Lyon, publiait un ouvrage intitulé Aristote au Mont-Saint-Michel. Cette publication fut suivie d’une vive polémique, animée, notamment, par des journalistes et des historiens. Certains considéraient qu’il s’agissait d’un ouvrage d’opinion plus que de recherche historique, sous la plume, néanmoins, d’un historien reconnu pour ses travaux sur les chevaliers Teutoniques. Paru récemment, Les Grecs, les Arabes et nous se veut une réponse documentée et stimulante à l’essai de Gouguenheim, analysé par les auteurs comme relevant de “l’islamophobie savante”, et partie prenante d’une logique plus vaste, dont elle ne serait qu’un avatar (sont souvent cités, entre autres “historiens-idéologues” de cette mouvance, Rémi Brague et Thierry Camous).
Pour ceux qui n’auraient pas lu l’ouvrage de Gouguenheim, une phrase qui en est issue, citée dès l’introduction de l’ouvrage collectif Les Grecs, les Arabes et nous, est éclairante : “Si l’Europe doit la Renaissance à l’Islam, il faut comprendre pourquoi ce dernier n’a pas en retour participé à notre Renaissance. On méconnaît souvent, ou on dévalorise parfois, le passé européen, tandis que l’on vante celui de l’Islam. La honte et l’orgueil se font face. Il n’y a pas là de quoi fournir un dialogue fructueux” . En retour, Les Grecs, les Arabes et nous n’a pas pour objectif de construire un dialogue fructueux avec Gouguenheim. Il a plutôt pour ambition de déconstruire ce qui, selon ses auteurs, relève à la fois d’une “méconnaissance du sujet » (fiabilité et interprétation des sources convoquées remises en cause, étrange passage sous silence de l’Espagne arabo-andalouse…), et du retour à une “bijection simple” (entre un “nous” mythifié et homogénéisé, et un “eux” essentialisé et atemporel). En effet, les procédés de Gouguenheim ne sont pas sans rappeler Le choc des civilisations de Samuel Huntington : ils sont identifiés, par le collectif d’auteurs, comme la marque d’une « démarche post-coloniale » (dont les propos politico-médiatiques de certains sur la “repentance” ne sont guère éloignés), et permettent de solder un passé qui ne passe pas et de redorer un blason terni par les périodes sombres de notre Histoire.
Dans l’ouvrage Aristote au Mont-Saint-Michel, le propos de Gouguenheim vise, d’après ces historiens, à réduire l’héritage d’un “Islam des Lumières”. Il n’aurait finalement pas joué un rôle fondamental dans les connaissances transmises aux Européens, tout au mois celles ayant trait au savoir grec. Plus fondamentalement, il s’agirait de nier à l’Europe toute “racine musulmane”, ne voyant dans sa construction qu’un continuum chrétien à travers les époques successives. A cette fin, Gouguenheim convoquait notamment des moines du Mont-Saint-Michel qui ont, d’après lui, été pionniers dans la traduction des textes d’Aristote. Il allait même jusqu’à laisser entendre que les érudits d’aujourd’hui s’appliquent à masquer sciemment la réalité de l’œuvre accomplie par les traducteurs chrétiens de langue latine. Cet argument est infondé dans la mesure où l’ensemble des ouvrages consacrés aux “transferts culturels” médiévaux soulignent le rôle de ces traducteurs, de manière non polémique et sans arrière-pensée contemporaine.
7 commentaires
Anonyme
De droit la profession science poseuse s'estime attaquée.C'est très bien.Elle se fache. Encore mieux.Mais sa prétention infinie à pouvoir juger de tout et de rien doit constamment ètre relevée . Monsieur Martial Perreux donne dans l'humour arabe.Grand bien lui en fasse.S'il est maintenant devenu vrai que l'on ne puisse lire un ouvrage ou un article sur Aristote sans y sentir "le poids très fin de la référence à l'étymologie arabe" je crois qu'il va falloir réviser tous les cours de philosophie de france puisqu'évidement ils ne comportent pour parler d'aristote aucune référence à l'étymologie arabe et virer tous les inspecteurs qui ont eu l'outrecuidance de ne pas remarquer que manquaient ces références dans les cours des professeurs qu'ils inspectaient.Qui doit donc maintenant juger de ce qui doit ètre enseigné.Mais bien sur des anciens de sciences po sensibles à l'étymologie arabe n'ayant pas besoin de faire autrement leurs preuves .
marc thibault
Aristide
Nyme
Corinne
Le commentaire de monsieur Thibault me fait osciller entre la consternation et la pitié. Plutôt que de mettre en doute les compétences des autres, il ferait mieux de s'assurer des siennes. Entre les formules creuses et incompréhensibles ("Utilisations de sous entendus de journalistes pour parler d'un supposé danger qui renvoit à dee fines allusion comme si le régime de la moralité était si aisément transposable de l'univers de la cité dmédiatique dans celui infiniment plus subtil des enjeux scientifiques", ouf!) et les fautes d'orthographe à répétition ("un danger qui renvoit", "de fines allusion", "science po", "parceque", "necessairement" et j'en passe), qu'il commence d'abord par s'exprimer correctement avant de traiter les autres avec un tel mépris.
On a bien entendu le droit de ne pas être d'accord avec le point de vue de l'auteur, mais ce n'est pas une raison pour faire étalage de ses préjugés qui sont, pour reprendre ses propres mots, "nécessairement douteux".
Martial Perreux
Merci à non fiction de revenir sur l'affaire Gouguenheim et de publier ces deux articles.
Je préfère d'ailleurs celui du jeune étudiant à celui du vieux professeur. Le second est souvent brouillon et parfois prétentieux, alors que le premier est didactique et incisif, avec des pointes d'humour bien senties comme la référence à l'étymologie arabe de mots de notre langue.
J'avais suivi la polémique entourant le livre de Gouguenheim. Grâce à ces deux articles, je vais aller acheter le livre sur les grecs et les arabes.