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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le peuple kaléidoscope
[mardi 24 novembre 2009 - 05:00]
Histoire
Couverture ouvrage
1830 : le Peuple de Paris. Révolution et représentations sociales
Nathalie Jakobowicz
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
363 pages / 19 € sur
Résumé : Enjeux, usages et évolutions d’une figure mythique dans le Paris révolutionnaire de 1830
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L’existence de cette presse ouvrière, revendiquée comme telle par ses auteurs, dont les rangs sont formés surtout de typographes, est au moins aussi intéressante, si ce n’est davantage, que les édifiantes tentatives de moralisation que constituent des pièces de théâtre à la pédagogie un peu lourde, montrant le peuple des ouvriers et des artisans uni dans la lutte pour la liberté, mais divisé dans la révolte. Exception faite, avec les réserves cependant qui s’imposent, du Globe ou de l’Organisateur, proches des saint-simoniens, et de très rares auteurs ou dessinateurs, ni la presse ni les artistes ne parviennent à rendre compte de ce qu’il faut bien nommer, après les espérances de 1830, la désillusion ou le désarroi d’un certain peuple, dont les exigences en matière sociale se révèlent moins audibles encore par le nouveau régime que ses revendications politiques. D’où l’intérêt de se pencher sur cette presse ouvrière, ouvriériste peut-être, symbolisée par les trois titres suivants : Le Journal des ouvriers, l’Artisan et le Peuple. Ils n’ont survécu que 24, 5 et 12 numéros respectivement et se disputent le "monopole" du peuple. Leur tirage excède rarement le millier d’exemplaires. Ce constat n’empêche pas Nathalie Jakobowicz de montrer comment ces journaux participent de l’affirmation, au sein des catégories populaires, d’une conscience réflexive. Bien que celle-ci relève encore, par certains aspects, d’une intériorisation des représentations issues des élites. Même si parler d’une classe ouvrière dans la France ou dans le Paris de 1830 n’a guère de sens, l’auteure souligne avec justesse l’intérêt de ces journaux dans la construction d’une identité populaire qui, passé l’aveuglant soleil de Juillet, redevient invisible.

 

Le 8 décembre 1831, le Journal des Débats fait paraître un article de Saint-Marc Girardin qui consacre à sa manière la victoire des démophobes : les habitants des faubourgs, qui ne possèdent pas, y gagnent le titre de "barbares", appellation promise à une longue postérité. Le peuple méritant des 27, 28 et 29 juillet, acteur récompensé par un système de représentations qui loue sa modération et qui exalte sa raison politique, avec le durcissement du régime à l’hiver 1830, redevient le peuple menaçant redouté sous la Restauration, mais d’autant plus redoutable qu’il vient de faire une nouvelle révolution et que les classes populaires imposent une question sociale. La maîtrise du peuple se définit aussi, comme le rappelle Nathalie Jakobowicz, par la maîtrise de ses représentations. 1830 est donc bien, dans ce formidable chantier que constitue au XIXe siècle la définition du peuple comme enjeu de souveraineté, un moment fondateur, dont la révolution de 1848 puis la Commune rejouent, mais de façon plus radicale encore, les inflexions et les lignes de failles.

 

L’ouvrage de Nathalie Jakobowicz propose donc à travers les imaginaires et les représentations du peuple un voyage stimulant qui a le mérite de restituer, à travers une écriture agréable, tous les enjeux relatifs en 1830 à cette figure mythique, et leurs variations sur des temps courts. En revanche, mais c’est l’un des rares défauts du livre, avec parfois quelques oublis concernant la tendance politique, le tirage ou le prix de certaines sources en leur temps, l’auteure reste prisonnière de grilles d’analyse et de concepts empruntés   qu’elle remet rarement en cause, et que par conséquent elle ne parvient ni à dépasser ni à renouveler vraiment. Il eût été judicieux, aussi, de retracer l’évolution de la figure du "Peuple de Paris" pendant les Trois Glorieuses dans des supports postérieurs à la révolution proprement dite, en particulier tout au long de la période 1830-1848, et élargir ainsi le champ des investigations au domaine scientifique (histoire, en particulier), au domaine romanesque bien sûr, ou encore à la représentation officielle, avec notamment le Musée historique de Versailles. La forme de réserve dont fait preuve Nathalie Jakobowicz en matière conceptuelle épargne cependant au lecteur l’ennui d’un langage jargonnant.

 

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