Le Troisième Reich de A à Z
[vendredi 13 novembre 2009 - 12:00]
Histoire
Le Troisième Reich. Tome 1 : L'avènement
Richard Evans
Éditeur : Flammarion
Histoire
Le Troisième Reich. Tome 2 : 1933-1939
Richard Evans
Éditeur : Flammarion
Histoire
Le Troisième Reich. Tome 3 : 1939-1945
Richard Evans
Éditeur : Flammarion
Résumer les 2 800 pages de cette synthèse serait bien délicat. Si le découpage des trois tomes ne révolutionne en rien l’approche du régime nazi, l’écriture montre la complexité de l’époque, l’interdépendance des échelles et ne fait aucunement l’économie d’une réflexion sur les cadres conceptuels du nazisme, qu’il replace toujours dans leurs rapports aux événements et aux individus.
Le premier tome traite des origines du nazisme, dans une facture assez classique, en évaluant le poids des facteurs politiques, économiques, sociaux, culturels dans l’avènement du Troisième Reich. Réfutant toute idée de
Sonderweg et donc d’une inéluctabilité du nazisme, il démontre comment les événements - bien plus qu’un « esprit allemand » qui l’aurait porté en germe - ont conduit à la mise en place du régime. Le second tome démonte la logique totalitaire nazie, en reprenant la grille du totalitarisme élaborée par Hannah Arendt. Néanmoins, on constate bien ici que le concept est utilisé dans une visée plus descriptive qu’explicative, Evans insistant sur la singularité du régime, ses accommodements, la complexité de son organisation. Il expose tout l’univers mental du nazisme dont le spectre recouvre l’ensemble de l’activité sociale et politique, et qui a pour but final de préparer les Allemands à la guerre. Celle-ci fait l’objet du troisième tome, qui aborde la question du génocide juif, l’ordre nazi en Europe, et de façon plus surprenante, la mémoire du nazisme dans l’après-guerre, montrant ainsi comment cet épisode a façonné le monde d’après 1945.
Pour Evans, le concept central du nazisme reste celui de la violence, qui habite le régime et constitue son univers de pensée. Violence dans son avènement et son fonctionnement, destinée à la fois à un usage interne mais aussi externe, dans l’optique de la fabrication d’une nouvelle société, d’une nouvelle humanité. Et c’est selon lui cette violence qui contribue à la vitalité permanente des débats sur le Troisième Reich : en liant violence et modernité, le nazisme est le produit d’un temps qui n’a pas cessé brutalement le 8 mai 1945 et dont le rapport à l’autorité, à la norme, reste toujours en débat.
Le connaisseur avisé de cette période n’apprendra donc pas grand chose de nouveau à la lecture de ces trois tomes mais la prouesse est justement là: rendre accessible au plus grand nombre un pan de l’histoire allemande et européenne dans une langue claire et fluide. Nombreuses sont les références aux histoires individuelles, à travers la multitude de documents – journaux intimes, témoignages d’après-guerre, correspondances – qui viennent incarner la réalité du nazisme et donnent à voir la diversité des attitudes individuelles sous un régime qui n’a rien d’uniforme. L’historien trouvera quand même intérêt à cette œuvre de vulgarisation (dans le sens le plus positif du terme) dans la richesse de son appareil critique. L’index, qui regroupe à la fois noms propres, lieux, concepts ou institutions est très riche (trop peut-être) et permet de se repérer assez vite dans la masse des connaissances de l’ouvrage. De même, la bibliographie est réellement très fournie, mais pour qu’elle puisse devenir un réel outil de travail on aurait préféré un classement thématique, plutôt qu’alphabétique. Le renvoi en fin des ouvrages des notes de bas de page témoigne quant à lui du compromis nécessaire dans un tel projet entre simplicité de la lecture et légitimité historienne du propos. Les nombreuses cartes qui parsèment l’ouvrage ne sont qu’un atout de plus de ce
Troisième Reich qui devrait s’imposer comme un outil de travail fondamental pour traiter de cette époque.
Au fil de la lecture, passionnante, on regrette encore plus que si peu d’ouvrages d’Evans aient été traduits en français, lui qui s’avère être tout autant un grand conteur qu’un grand historien
Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.
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Jérôme SEGAL
Fin