La littérature comme source pour l’histoire
L'érudition de l’auteure n’est certes pas en cause, notamment sur des sujets tels que le féminisme, la classe ouvrière et le système pénitentiaire : Michelle Perrot a consacré sa thèse aux mouvements ouvriers
, a dirigé l’
Histoire des femmes en Occident avec Georges Duby, et a travaillé avec Michel Foucault sur le système pénitentiaire
. Sa maîtrise de ces sujets donne du poids et de l’intérêt au propos du livre. On s’étonnera d’autant plus de voir cette historienne céder aux discours partiaux, voire même sensationnels, au hasard des pages, notamment sur la dérive « sécuritaire » que connaît la France contemporaine
.
La réussite la plus significative de cet ouvrage réside dans l’utilisation de l'écrivain et des œuvres littéraires comme source historique pour étudier l'entrelacs du particulier et du général. Michelle Perrot explore ainsi la chambre vécue au plus proche de « l’enregistreur » de l'expérience transmissible qu’est l’écriture. Elle prend, par ailleurs, les faits des vies d’écrivains comme contrepoint empirique. Cette ouverture aux arts, et à la littérature en particulier, est trop rare chez les historiens pour ne pas être saluée.
En résumé, si Michelle Perrot réussit à distinguer les changements basiques de la chambre depuis la Renaissance — la spécialisation, la médicalisation, la privatisation, et l'individualisation —, elle renonce à démontrer les synergies entre ces points avec clarté et cohésion, faute d’écrire une histoire autre que « thématique ». Les faiblesses de ce livre traduisent peut-être le travers d'une auteure qui a fait ses preuves, veut changer de démarche, et néglige d’expliquer désormais son
ambition argumentative. Ce trop-plein d’assurance conduit à un livre décevant
Aucun commentaire