Les circonstances de la diversité
[vendredi 06 novembre 2009 - 05:00]
Philosophie
Un humanisme de la diversité. Essai sur la décolonisation des identités
Alain Renaut
Éditeur : Flammarion
Ces réserves sont de bien peu d’importance au regard de l’impressionnante architecture de l ‘œuvre. Alain Renaut réussit à montrer comment on peut, en se maintenant à distance du multiculturalisme normatif, creuser le sillon d’un libéralisme républicain qui, en adoptant une stratégie de désethnicisation de la République, parvient à montrer la voie d’une intégration équitable des membres des minorités. Cette position théorique se distingue fortement de celle d’un certain républicanisme français qui n’a pas su voir que les revendications différentialistes n’étaient le plus souvent que la réponse (mauvaise, cela va sans dire) d’un processus pervers d’assignation identitaire par lequel "la majorité tend à ériger certaines différences en signe d’altérité objective, les transformant ainsi en source de domination pour les minoritaires"
. Pour Renaut, il est clair que reconnaître la diversité n’est pas le bien ultime d’une société juste mais le moyen de consolider la "communauté des citoyens".
Reste une ultime question, courageusement posée par l’auteur dans un bref mais passionnant "excursus autobiographique". Qu’entraîne cette vision de la diversité "pour ceux qui ne se reconnaissent pas, du fait de leur histoire individuelle ou collective, dans une identité du type de la créolité ou de la marranité, ou de tout autre exemple d’une identification traversée de diversification" (p. 436), c’est-à-dire, écrit-il, pour "les imbéciles heureux qui, comme moi, ne sont nés nulle part" (p. 439) ? Pour donner à sa vision une applicabilité universelle, Renaut prône le modèle des identités choisies. Celui-ci entre en résonance avec ses engagements philosophiques les plus profonds puisqu’il suppose que la liberté pour se déployer a besoin d’un ancrage : "Dès lors qu’un vécu de la liberté comme pure capacité d’arrachement sans attachement apparaît, dans un monde de plus en plus uniformisé, comme déficitaire pour soi et déficitaire pour la ressource humaine globale, la perspective de se choisir une ou des identités constitue aujourd’hui un objectif de nature quasi-éthique susceptible de se trouver en quelque sorte inscrite dans les devoirs envers soi-même" (p. 440.) L’œuvre d’Alain Renaut constitue, on le voit, le meilleur exemple des liens consubstantiels entre la philosophie politique et la philosophie morale
2 commentaires
manue
« la citoyenneté française est le résultat d’un histoire, d’un territoire et d’une langue et donc, nous en étions restés à ce que la France était la nation éclairée qui avait œuvrée pour la mise en œuvre de la construction européenne et donc maintenant nous sommes d’abord des citoyens européens ou en voie de le devenir .
Par ailleurs, il en va de la citoyenneté comme de la sexualité, les problèmes viennent surtout de méconnaissances et/ou de mauvaises approches ou croyances, ainsi si les administrations gérant les institutions républicaines ont à se préoccuper de la citoyenneté ce seraient sans doute seulement dans le souci de l’information et de la sensibilisation à la « citoyenneté » : qu’est ce que la citoyenneté ? Pourquoi les français ont choisi entre 1789 et 1792 de ne plus être les sujets d’un roi et de devenir des citoyens et des citoyennes ? Qu’est-ce qu’un état de droit ? Pourquoi les révolutionnaires qui ont eu peur des pouvoirs qu’ils avaient accordé soudainement à leurs frères et soeurs citoyens qui n’avaient connu que le joug et la misère ont dérapé en essayant de créer une religion d’état de l’ « être suprême » ? Pourquoi la démocratie est-elle d’abord un horizon politique et un travail d’équilibre de chaque jour ? Pourquoi la conscience d’être un citoyen(ne) favorise-t’elle le bon fonctionnement des démocraties ? Pourquoi les états non démocratiques favorisent-ils des états passifs ou pseudo-actifs pour leurs populations ? Quelle est la différence essentielle entre le fonctionnement des administrations gérant les institutions républicaines dans une démocratie et dans une non démocratie ? Qu’est-ce qu’une oligarchie ? Pourquoi une oligarchie n’est pas une démocratie ? Pourquoi une oligarchie a-t’elle besoin de la constitution d’un « sous-peuple » abruti et ayant renoncé à leur citoyenneté pour fonctionner ? Pourquoi l’horizon politique de la démocratie nécessite des citoyens éduqués et éveillés (et libre à eux ensuite de choisir la voie de l’abruti ou de se retirer )? Pourquoi la citoyenneté est-elle d’abord une école de vie collective ? Pourquoi le fait démocratique c’est-à-dire la dispersion des pouvoirs au profit des citoyens(nes) selon les règles du droit ferait peur et à qui [à quel type d’ordre] ?
Et en ce qui concerne l’ « identité », à chacun de construire, bricoler, inventer, transformer, s’amuser, négocier, etc.. , ce n’est certes pas le rôle des institutions républicaines de s’en préoccuper. Dissolvez donc cet horrible ministère dont l’intitulé nous fait honte, intitulé digne d’un pays totalitaire.
http://blogs.myspace.com/manuelle.yerly
Bulle