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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Evoquer la vie de Margherita Sarfatti c’est d’abord revivre les événements qui se trouvent au cœur du « premier » XXème siècle. Presque tous ses principaux protagonistes sont au rendez-vous : de Franklin Delano Roosevelt à Hermann Goering, en passant par Gabriele d’Annunzio, Pierre Laval, ou même Albert Einstein, Colette et Franck Capra, la « collectionneuse de célébrités » italienne a côtoyé les plus grands. Cette fasciste de la première heure s’est surtout située aux premières loges pour voir l’Italie giolittienne basculer dans la dictature, avant que le Regime sombre corps et bien pendant la Deuxième Guerre mondiale. On ne peut donc que se réjouir que la traductrice de l’italien Françoise Liffran, déjà auteur de Rome, 1920: le modèle fasciste, son Duce, sa mythologie, s’intéresse à cette vie passionnante avec Margherita Sarfatti. L’égérie du Duce.
L’ouvrage pose cependant problème à l’historien. La bibliographie fournie en fin de livre est complète. Mais les sources – quand l’auteur choisit les citer, ce qui est rare – apparaissant tout au long de la biographie laissent, elles, pantois. Il s’agit principalement de Dux, hagiographie de Mussolini rédigée au milieu des années 20 par Margherita Sarfatti, de Mussolini, como la conocì, série d’articles écrits par une souveraine déchue et amère exilée en Amérique du Sud, et d’Acqua passata, « mémoires » d’une vieille dame plus désireuse de laisser une bonne image d’elle que d’apparaître objective. Sans pour autant critiquer les intentions de l’auteur, sa biographie doit donc, hélas, être considérée avec réserve.
Une formidable opportuniste
Françoise Liffran dresse néanmoins un portrait peu flatteur de Margherita Sarfatti. Socialiste sans vraiment en partager les idées au début du XXème siècle, prête à parler partout des femmes dans la société italienne tout en exécrant le féminisme, la riche bourgeoise vénitienne apparaît surtout comme une formidable opportuniste. Tout au long de sa vie, elle cherche avant tout à attirer la lumière sur elle, allant jusqu’à utiliser la mort de son jeune fils pendant la Première Guerre mondiale pour être honorée ou reniant la foi juive pour se convertir au catholicisme peu après les accords du Latran entre le Duce et le Vatican.
Son adhésion au fascisme n’est pas, en revanche, conjoncturelle. Après avoir découvert Benito Mussolini en 1912, elle est l’une des rares à rester à ses côtés lorsque la situation politique du jeune tribun semble désespérée, peu après la Première Guerre mondiale. Elle l’aide financièrement et le conseille dans sa tactique politique, notamment à travers l’aventure journalistique du Popolo d’Italia, tout en devenant l’une de ses nombreuses maîtresses. Ainsi, la marche sur Rome qui amène Mussolini au pouvoir constitue également le succès de Sarfatti qui s’imagine alors déjà reine de Rome.
Mussolini, le personnage central du livre
Malgré son salon prisé par diverses personnalités et son soutien prononcé au courant artistique Novecento italiano - qu’elle imaginera être le fer de lance du renouveau culturel porté par le fascisme - le règne du Duce va pourtant se traduire comme une irrémédiable chute pour sa première supportrice. Sa mise à l’écart progressive en dit beaucoup sur Mussolini auquel Françoise Liffran consacre au final la majorité de son livre, reléguant souvent Margherita Sarfatti au second plan. On retrouve le chef fasciste tel qu’on peut l’apercevoir chez Renzo De Felice ou Pierre Milza : égocentrique, violent, incapable de faire confiance à ses proches et de concevoir une politique à long terme.
3 commentaires
Antoine Aubert
Comme je le dis dans la recension, le problème, selon moi, est que les sources citées, dans les notes ou dans le texte même, concernent très (trop) souvent l’un des ouvrages rédigés par Margherita Sarfatti, ouvrages dont vous évoquez vous-même, dans le livre, les limites évidentes. Sauf dans la partie bibliographique, la documentation historique que vous qualifiez d’« homologuée » n’apparaît que très rarement. Quant aux ouvrages d’art et les chroniques littéraires, ils n’interviennent que dans le cas d’éléments secondaires et non lorsque vous abordez directement la vie de la protagoniste principale. Voilà pourquoi au final, votre ouvrage, sur un plan historique, est, selon moi, à considérer avec réserve.
Pour ce qui est de l’argument de la biographie « chasse gardée » des historiens, je ne vois pas en quoi il me concerne puisque je ne suis pas historien mais journaliste. Je ne crois donc pas pouvoir être soupçonné de défendre une paroisse. J’ai néanmoins étudié pendant 5 ans l’histoire à l’université. J’ai écrit deux mémoires, et j’ai appris à cette occasion ce qu’était que traiter les sources comme un historien. Je ne pense pas que les sources aient été utilisées de cette manière dans votre ouvrage.
françoise liffran
pouvez-vous m'expliquer en quoi le fait de m'appuyer non seulement sur la documentation historique "homologuée" mais sur les nombreux écrits - ouvrages de propagande, essais sur l'art, romans, articles politiques (y compris ses rewritings pour Mussolini), critiques artistiques, chroniques littéraires et sociétales, correspondance privée, mémoires du personnage dont j'écris la biographie, implique qu'il faille la "considérer avec réserve"?
Un historien digne de ce nom contourne-t-il donc avec méfiance de tels documents, à ses yeux "suspects"?
Ne feriez vous pas écho à ces historiens qui ont des difficultés à penser que la biographie n'est pas leur chasse gardée et qui croient défendre contre les usurpateurs leur "domaine" assiégé en brandissant ce mot-totem d'objectivité dont ils auraient l'exclusivité …
mais dont la pertinence a fait depuis lurette long-feu.
Je suis prête à en reparler avec vous, à l'occasion…
pepita