La librairie du XXIe siècle a 20 ans! Entretien avec Maurice Olender
[mardi 10 novembre 2009 - 10:00]
À ce propos permettez une incise – hors collection . En 2008, comme à l’automne 2009 et encore à l’automne 2010, j’édite au Seuil les écrits mystiques du fondateur de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier (1608-1657) : personne ne les a lus avant cette première publication mondiale qui a lieu grâce à une jeune chercheuse, franco-italienne, Mariel Mazzocco, encouragée par Jacques Le Brun qui a préfacé le volume déjà paru.
Un jour on saura que les œuvres longtemps occultées d’Olier sont à lire comme celles des grands maîtres de la mystique chrétienne, tels Eckhart, Tauler, Ruusbroec, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix… Un mystique, inscrivant son expérience de l’amour, de la perte, dans une langue française qui reste entièrement à découvrir.
Pourtant cette publication est passée inaperçue – un scoop invisible ! Mais de tels écrits, qui ont attendu 350 ans, à l’ombre de Saint-Sulpice, peuvent attendre encore un an ou deux. Quelques auteurs mystiques, étudiés par Michel de Certeau, préciseraient sans doute ici que leur œuvre reste longtemps en suspens. Qu’elle réside dans l’« obscure » (ce que Paul Celan aussi revendique pour sa poésie) et nécessite du temps pour être décelée. Ce temps lent, où la mystique retrouve les exigences de l’érotique, évoque peut-être aussi la durée nécessaire à la découverte de lectures inédites – et je ne suis pas fâché que le numérique élargisse généreusement le temps des lecteurs.
Nonfiction.fr-
À quel public s’adresse « La librairie du XXIe siècle » ?
Maurice Olender : Sans doute à des publics « dits » cultivés, universitaires – mais il n’est pas impossible (quelle enquête pourrait le vérifier ?) qu’aujourd’hui il y ait autant sinon plus même de lecteurs curieux en dehors des enceintes universitaires. Qui lit Borges – le superbe
Cours de Littérature anglaise demeuré inédit jusqu’en 2006 ? Le lit-on plus en dedans ou en dehors des espaces universitaires ? « La Librairie du XXIe siècle » s’adresse aujourd’hui à tous lecteurs curieux d’aventures, les partageant fiévreusement avec d’autres. Quand j’ai lu le manuscrit du
Pur amour de Jacques Le Brun, je téléphonais à des amis pour leur en lire des fragments – ce que je viens de faire en ce début d’été avec un volume tout autre, le prochain livre de Camille de Toledo
Le Hêtre et le bouleau. Essai sur la tristesse européenne.
1 commentaire
alouette